21 novembre 2023 – Des archéologues ont récemment fait une découverte exceptionnelle parmi les vestiges de Hattusa, l’ancienne capitale de l’Empire hittite située dans l’actuelle Turquie. Au cœur de ces ruines, des milliers de tablettes d’argile gravées ont été exhumées, mais l’une d’entre elles a particulièrement retenu l’attention. En effet, elle porte un texte en écriture cunéiforme rédigé dans une langue antique jusqu’alors inconnue dans les annales modernes.
Ces inscriptions ont été trouvées à la fin d’un texte rituel rédigé en hittite, la langue de l’ancien empire qui dominait l’Anatolie, la partie asiatique de la Turquie actuelle, il y a deux à trois mille ans. Bien que l’écriture cunéiforme ait déjà été partiellement traduite pour cette langue, la découverte de cette tablette a été un tournant majeur.
Pour l’heure, aucune photo de cette tablette n’a été publiée, mais selon les informations rapportées par ScienceAlert, à la fin du texte en hittite, les archéologues ont déchiffré une phrase qui signifie à peu près “À partir de maintenant, lisez dans la langue du pays de Kalašma”. Le texte qui suit ne correspond à aucune langue connue de l’ancien Moyen-Orient.

Le site de fouilles d’Hattusa / Crédit photo @Andreas Schachner / Deutsches Archäologisches Institut
LES HITTITES, DES POLYGLOTTES ET PASSIONNES PAR LES LANGUES ETRANGERES
La mention de Kalašma dans cette dernière ligne est cruciale pour comprendre l’origine de ce document antique. Kalašma était une province anatolienne située à la frontière de l’Empire hittite pendant l’Âge de Bronze.
Cette découverte témoigne de l’extraordinaire fascination des Hittites pour les autres cultures de leur époque. Selon Daniel Schwemer, archéologue à l’université allemande de Würzburg, les Hittites avaient l’habitude de conserver des traces de rituels dans diverses langues étrangères, ce qui ravit les archéologues modernes.
La mise au jour d’une nouvelle langue au sein des archives d’Hattusa n’est donc pas une surprise totale. Dans le passé, d’autres archéologues ont découvert des textes rédigés dans de multiples langues anciennes d’Anatolie. Cela reflète l’intérêt unique des Hittites pour les langues étrangères, résumé Schwemer.
UNE STRATEGIE CULTURELLE ET DIPLOMATIQUE
Selon l’historien Tülin Cengiz, cité par ScienceAlert, cette politique de préservation témoigne de l’existence d’une culture de tolérance parmi les Hittites. Toutefois, cette démarche n’était pas uniquement culturelle et scientifique, elle revêtait également une dimension stratégique et diplomatique cruciale.
À mesure que l’Empire hittite s’étendait de la Mer Noire à la Méditerranée, il absorbait de nombreuses cultures différentes, chacune avec ses propres pratiques religieuses. De nombreux indices archéologiques suggèrent que l’Empire vénérait plusieurs centaines de divinités différentes.
En témoignant de leur respect envers d’autres religions, les Hittites cherchaient à gagner l’adhésion des groupes culturels diversifiés au sein de leur empire. Cette approche visait à minimiser les conflits religieux et à préserver la stabilité de l’empire pendant son expansion. Apparemment, cette stratégie a porté ses fruits, car le peuple de Kalašma a rejoint les Hittites dans une bataille contre l’Empire égyptien en 1274 avant notre ère.
Avec cette découverte, nous prenons conscience de l’importance de comprendre les anciennes civilisations. C’est un sujet passionné, souvent évoqué sur btlv par le cinéaste passionné Patrice Pouillard comme dans cette vidéo.
LE DEFI DE LA TRADUCTION
Désormais, l’objectif principal des chercheurs est de décrypter cette nouvelle langue qui semble appartenir à la famille indo-européenne anatolienne. À ce jour, la traduction de ce texte mystérieux n’a pas encore été réussie.
Cependant, les chercheurs sont optimistes quant à leur capacité à y parvenir. Cette langue présente des similitudes avec la louvite, un autre dialecte anatolien, ce qui est particulièrement surprenant étant donné que le palaite était apparemment plus répandu dans la région. Il se pourrait donc que cette découverte joue un rôle majeur dans la reconstitution du puzzle linguistique anatolien que les chercheurs espèrent réaliser.
Bob Bellanca (rédaction btlv)





