La Junkerngasse, une étroite ruelle pavée de Berne, intrigue depuis longtemps les habitants et les touristes. Des publications récentes sur le site Moon Mausoleum, dédié au paranormal, la présentent comme potentiellement la ruelle la plus hantée de la capitale suisse.
Cette réputation serait liée à un ancien monastère urbain qui accueillait autrefois des moines cisterciens de l’abbaye de Frienisberg. Le site évoque la présence d’un moine, condamné à errer dans les lieux pour avoir commis un “péché inacceptable”. Son corps et son esprit seraient restés sur place, ne s’étant jamais éloignés. Bien que cette légende soit profondément ancrée dans la culture locale, les chercheurs s’accordent à dire qu’une petite résidence monastique se trouvait effectivement à cet endroit jusqu’après la Réforme, avant d’être laissée à l’abandon puis finalement détruite.
CONTEXTE HISTORIQUE
La Frienisberghaus, propriété citadine de la communauté cistercienne de l’abbaye de Frienisberg, est mentionnée pour la première fois en 1285. Cette abbaye est située dans le Seeland, au nord-ouest de la ville de Berne. Au XIVe siècle, avec l’agrandissement de la ville et la comblement des douves de la forteresse de Nydegg, les moines cisterciens ont pu acquérir une cour adjacente à l’Interlakenhaus, non loin de la Nydeggkirche et du futur pont de Nydegg. L’ordre cistercien, qui prônait le silence, la chasteté et le travail, utilisait principalement cette résidence bernoise comme un lieu de passage pour les moines en mission. Suite à la Réforme protestante des années 1520, de nombreuses institutions catholiques de Berne ont été sécularisées.
La Frienisberghaus, comme d’autres maisons monastiques, a été progressivement abandonnée. Au XVIIIe siècle, le bâtiment a été détruit et des maisons de ville modernes ont été construites à la place, le long de la Junkerngasse.
LA LEGENDE DU MOINE PECHEUR
La légende du moine pécheur raconte l’histoire d’un moine dont le péché si grave aurait empêché son âme de trouver le repos. Selon le site Moon Mausoleum, des habitants auraient vu une silhouette drapée errer dans la rue, et il est dit que l’âme et le corps du moine sont toujours enfermés dans les murs de l’ancien monastère. Au début du XXe siècle, quelques articles de presse évoquaient des phénomènes étranges tels que des « bruits de pas inexpliqués » et des « courants d’air froid » aux alentours des numéros 49, 51, 53, 55 et 57 de la rue Junkerngasse.
Ces récits, transmis oralement au fil du temps, sont souvent interprétés par la folkloriste Elena Keller de l’Université de Berne comme un mélange de mémoire historique et d’une tendance humaine à attribuer des explications surnaturelles aux lieux abandonnés. Elle note également que le détail du corps d’un moine piégé est un thème commun dans d’autres histoires de fantômes de monastères en Europe, indiquant un schéma culturel partagé plutôt qu’un événement isolé.
PERSPECTIVES ACTUELLES
Bien qu’aucun recensement officiel des événements paranormaux sur la rue Junkerngasse ne soit effectué par les autorités locales et qu’aucune étude scientifique n’ait été réalisée pour corroborer ces histoires, elles contribuent au développement du tourisme culturel à Berne. Les visites guidées de la vieille ville incluent désormais un arrêt dans cette rue, où les guides racontent l’histoire du « moine pécheur » en s’appuyant sur des faits historiques.
Lors d’une réunion récente du conseil du patrimoine, la maire Andrea Schmid a insisté sur l’importance de sauvegarder le patrimoine matériel et immatériel. Elle a déclaré que, tout en respectant l’attachement des habitants aux légendes, la priorité était la préservation du patrimoine historique et architectural documenté des rues médiévales de Berne.
L’histoire du moine tourmenté, qui hanterait l’ancien Frienisberghaus, est un exemple de l’entrelacement entre l’histoire et le folklore dans le paysage urbain. Bien que les archives attestent de l’existence d’une résidence cistercienne à l’endroit où se trouvent les façades de la Junkerngasse, les éléments surnaturels du récit restent à prouver.
Alors que la ville de Berne s’efforce de trouver un équilibre entre la préservation du patrimoine, le tourisme et les légendes locales, le « moine pécheur » continuera probablement à captiver l’imaginaire collectif, que ce soit comme une leçon sur la discipline médiévale ou comme un mystère nécessitant des recherches supplémentaires. Pour ne rien manquer de l’actualité liée aux vielles légendes, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Bob Bellanca (rédaction btlv) photo home page @btlv via adobe stock)








