17 novembre 2023 – Pendant des décennies, les sceptiques ont tenté de trouver des explications scientifiques aux phénomènes paranormaux. Plusieurs de leurs théories se sont révélées prometteuses. En 1921, l’American Journal of Ophthalmology a détaillé deux cas d’intoxication au monoxyde de carbone dans lesquels les victimes ont ressenti des symptômes psychologiques, notamment des délires et des hallucinations.
PAS QUE LE GAZ
Les fuites de gaz sont loin d’être les seules responsables potentiels des hantises. Dans les années 1980, l’ingénieur et informaticien Vic Tandy s’est senti effrayé et a même vu des silhouettes sombres dans son laboratoire. En bon scientifique, il a publié son hypothèse accessible ici (ndlr : en langue anglaise).
De son côté, l’ancien professeur de psychologie à l’Université Goldsmiths Chris French, a ouvert une brèche aux débuts des années 2000 avec Usman Haque, artiste et architecte. Le débat portait sur la possibilité que les hantises soient causées par les infrasons, ainsi que d’une hypothèse suggérant que certaines expériences effrayantes seraient causées par des infrasons dus aux fluctuations de champs magnétique de la terre. Ce qui pourrait affecter l’activité électromagnétique du cerveau. En ce sens, les deux hommes ont commencé à élaborer un plan.
« L’idée était : ne serait-ce pas amusant si ces idées sur le paranormal étaient vraies ? Si nous construisions une pièce artificielle hantée où nous provoquions ce genre de situations, en jouant avec les infrasons et les champs électromagnétiques ? » dit Chris French. « Pour faire court, nous avons décidé de le faire ».
UNE BELLE EXPÉRIENCE
Pendant plusieurs semaines, Chris French et Haque ont occupé une des pièces de la maison de la mère de Usman Haque, au nord de Londres afin d’étudier les activités dites paranormales.
« Nous avons aménagé une chambre circulaire spécialement pour cela », explique Chris French. La salle blanche vide contenait des dispositifs cachés produisant des champs électromagnétiques et des infrasons. Les chercheurs ont recruté 79 personnes pour visiter la pièce et voir si elles avaient vécu quelque chose d’étrange ou de paranormale.
D’un point de vue éthique, les chercheurs ne pouvaient pas simplement lâcher des gens dans un endroit effrayant sans aucun avertissement. Pour obtenir un consentement éclairé, ils ont dit à leurs sujets qu’ils pourraient être exposés à des schémas inhabituels d’activités électromagnétiques, d’infrasons, aux deux, ou à aucun des deux. En conséquence, ils pourraient vivre des « expériences anormales » sans pour autant leur dire ouvertement qu’elles seraient peut-être paranormales.
DES RÉSULTATS INTÉRÉSSANTS
« Effectivement, beaucoup de gens l’ont fait », a déclaré Chris French. Une fois dans la pièce, « Plus d’un cinquième des personnes ont déclaré ressentir un sentiment de présence. Beaucoup de gens ont déclaré avoir des vertiges ».
Il ajoute que parmi la longue liste de réactions des participants, environ huit pourcent ont signalé « une terreur que nous n’avions pas vraiment anticipée ».
La « chambre hantée » semblait prouver que les fluctuations électromagnétiques et les infrasons faisaient peur aux gens. « Au début, nous étions très excités », explique French, puis ils ont remarqué quelque chose de déroutant dans les données. Après avoir analysé les résultats, l’équipe a découvert que le fait que le champ électromagnétique ou l’infrarouge soit activé ou désactivé n’avait pas d’importance. Au lieu de cela, les expériences paranormales des gens étaient corrélées à leur degré de suggestibilité, sur la base de leurs réponses à une enquête faisant partie de l’expérience.
« L’explication la plus parcimoniale est que si vous dites à certaines personnes : “Si vous entrez dans cet espace, vous pourriez vivre des expériences étranges”, les plus influençables rapporteront que cela se produirait », a expliqué Chris French. Selon l’étude , les infrasons et les bizarreries électromagnétiques sont moins susceptibles de provoquer l’observation de fantômes que le simple fait de dire à quelqu’un qu’il pourrait voir un fantôme. L’ambiance psychologique dans laquelle se trouve l’expérienceur a une grande importance.
« Ce qui est intéressant d’un point de vue psychologique, mais cela aurait été bien plus excitant d’avoir des résultats relatifs aux champs magnétiques », a expliqué le scientifique.
LA MOISISSURE
Shane Rogers, professeur d’ingénierie environnementale à l’Université Clarkson, a, lui, été inspiré par l’expérience de sa famille en contact avec de la moisissure. Lorsqu’ils étaient exposés à des allergènes, notamment des moisissures, ses propres enfants semblaient devenir irrationnellement en colère ou craintifs. Il a donc décidé d’étudier les lieux dits hantés.
Shane Rogers rappelle qu’une étude de 2019 sur des travailleurs d’un hôpital finlandais au contact de moisissures, montre qu’il pourrait y avoir un lien entre elle et des troubles neurologiques. En 2021, une autre étude a démontré la même chose sur des souris.
« J’ai toujours pensé qu’il serait vraiment intéressant de tester dans des lieux hantés et de voir ce qui se passe avec la moisissure, et de voir si nous pouvons y trouver un lien », a expliqué le chercheur.
L’étude de Rogers n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs, mais ses premiers résultats sont intrigants. « Il existe certainement une différence significative entre la présence de moisissures dans des lieux hantés et dans des lieux non hantés », explique-t-il.
« Nous avons environ cinq à six fois plus de spores de moisissures apparaissant dans les endroits signalés comme hantés ».
Malgré tout, Chris French reste sceptique. Cette explication, selon laquelle les « hantises » et le paranormal seraient des bizarreries de la neurologie et de la psychologie, est peut-être encore plus troublante que l’idée selon laquelle elles seraient causées par l’environnement qui nous entoure.
Même si les moisissures toxiques ou les fuites de monoxyde de carbone sont responsables de choses étranges que nous vivons, nous pouvons être tranquilles en sachant que quelque chose de « réel » se produit et que nous ne sommes pas « fous ».
OUI MAIS… PARANORMALES QUAND MÊME
Le scientifique assure aussi que parfois, les causes environnementales comme celles explorées dans la « chambre hantée » et les hypothèses fondées sur les neurosciences ne parviennent pas à expliquer les rencontres paranormles. Certaines histoires effrayantes défient tout simplement toute explication, dit Chris French.
« Nous devons simplement être assez humbles pour admettre que nous ne pouvons pas expliquer chaque cas ».
Bob Bellanca (rédaction btlv Source Atlasobscura)





