Un nouveau rapport fédéral recommande la mise en place d’un organisme public pour gérer les observations d’objets volants non identifiés. Des experts dénoncent une fragmentation administrative qui entrave l’étude scientifique de ces phénomènes. Faut-il une agence canadienne des OVNIs ?
C’est la proposition forte formulée cette semaine par un rapport commandé par le bureau de la conseillère scientifique en chef du Canada. Objectif : mettre fin à la confusion bureaucratique et encourager une approche plus rigoureuse des phénomènes aériens non identifiés. Le rapport, fruit du projet Sky Canada, a été lancé en 2022 sous l’égide de Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du pays. Il répond à l’intérêt croissant du public pour les phénomènes aériens non identifiés (PAN, ou UAP en anglais) et à l’absence de cadre cohérent pour recueillir, analyser et publier les signalements.
Aujourd’hui, les responsabilités en la matière sont éclatées entre divers organismes : Transports Canada, l’Agence spatiale canadienne, NavCanada, voire certains chercheurs civils comme Chris Rutkowski, responsable du Canadian UFO Survey. Ce dernier, contributeur du rapport, a souligné que « des preuves montrent qu’il se passe quelque chose d’inhabituel dans le ciel… mais nous manquons de données ».
Le Canada disposait autrefois d’un bureau centralisé, rattaché au Conseil national de recherches (CNRC), qui traitait les rapports d’OVNI avec l’appui de la GRC. Mais cette structure a été démantelée en 1995. Depuis, les rapports sont dispersés, souvent inaccessibles aux chercheurs, ce qui, selon le rapport, « complique l’application de principes scientifiques et empêche toute analyse rigoureuse ». La solution ? Créer une agence publique dédiée, transparente, capable de traiter à la fois les signalements des civils et des pilotes professionnels.
Le rapport appelle aussi à renforcer la transparence et la communication proactive autour des cas de PAN. En rendant publiques les informations de manière ouverte et rapide, les auteurs espèrent couper court aux rumeurs, théories du complot et à la désinformation qui entourent souvent ces sujets. Pour Sara Seager, astrophysicienne canado-américaine du MIT, ce type de travail représente une nouvelle approche : « Utiliser les OVNIs pour sensibiliser à la désinformation et remettre en cause nos propres hypothèses est, pour moi, un angle de réflexion inédit et passionnant. »
Le rapport envisage la participation d’universités dans le traitement des données et la vulgarisation scientifique auprès du public, dans un objectif éducatif.
Malgré l’accumulation de rapports, aucune preuve de vie extraterrestre n’a été identifiée à ce jour. La plupart des observations d’UAP trouvent des explications classiques : avions, drones, ballons météo, phénomènes astronomiques ou illusions d’optique. Cependant, un petit nombre de cas restent inexpliqués même après enquête, alimentant la curiosité et les débats. Comme le souligne Rutkowski : « Cela ne prouve pas que des extraterrestres nous rendent visite. Cela prouve que certains cas sont réellement déconcertants. »
Le rapport mentionne également des initiatives internationales comme le projet Galileo mené par Avi Loeb à Harvard. Son équipe développe des observatoires dotés de capteurs intelligents pour suivre les objets inconnus dans le ciel américain. Loeb rappelle que ses technologies pourront aussi servir à identifier des objets d’origine humaine, comme des engins d’espionnage : « Même si l’on ne trouve que des objets fabriqués par l’homme, je ne considérerai pas mon travail comme perdu. »
Les États-Unis qui ont déjà institué le Bureau de résolution des anomalies dans tous les domaines (AARO), est également envisagées, tant les enjeux touchent à la sécurité nationale des deux pays.
Rutkowski salue les efforts du rapport pour dépasser le tabou autour des PAN : « Les choses s’améliorent, et il ne fait aucun doute que la vérité est là. Malheureusement, nous sommes encore coincés avec des mécanismes qui datent d’un autre temps. » Alors que les observations d’objets mystérieux dans le ciel suscitent toujours autant de fascination, le Canada pourrait bien devenir un exemple de traitement scientifique et transparent d’un sujet longtemps relégué aux marges de la recherche. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.
Valentin Rican (rédaction btlv source Canada – photo home page @btlv)







