14 mars 2020 — En 2012, des sismologues italiens sont condamnés pour avoir sous-évalué le risque du séisme de l’Aquila. Un électrochoc pour des chercheurs français qui décident alors d’établir un un état des lieux national qui, aujourd’hui finalisé, met notamment l’accent sur les risques telluriques aux Antilles.
Le tremblement de terre de L’Aquila, dont l’Italie vient de commémorer le 10e anniversaire, “a été à double titre assez particulier, par sa violence (309 morts, ndlr) et par la condamnation en 2012 de sept scientifiques à 6 ans de prison pour homicide par imprudence”, rappelle Eric Humler, directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS, coordinateur de ce “livre blanc”.
Les scientifiques transalpins ont été acquittés en appel deux ans plus tard, mais la nécessité de faire le point sur les risques en France est restée.
Véritable état des lieux de ces phénomènes, ainsi qu’une réflexion sur les questions d’alerte, de responsabilité et de communication, le livre collectif “Quand la Terre tremble. Séismes, éruptions volcaniques et glissements de terrain en France”, coordonné par le CNRS, paraîtra le 2 mai.
“Il est toujours bon de rappeler que la France est un pays sujet à l’aléa sismique”, juge Jérôme Vergne, de l’Ecole et observatoire des sciences de la Terre à Strasbourg. “On a régulièrement sur le territoire français des séismes majeurs qui génèrent des dégâts importants et des pertes humaines”, ajoute le physicien qui dénonce une certaine perte de conscience collective. Les moyens alloués en France à la recherche sur les risques telluriques sont estimés à 12,5 millions d’euros par an. “Soit 0,15% du coût des dégâts provoqués par un séisme comme celui de L’Aquila en Italie”, note Eric Humler.
Outre plus de moyens, les scientifiques avancent la nécessité de mieux organiser la communication entre les très nombreux acteurs, de mieux comprendre les séismes induits (déclenché directement ou indirectement par des activités humaines) ou encore le besoin de créer des “urgentistes” des risques telluriques.
SOUFRIÈRE SOUS SURVEILLANCE
En France, la zone la plus sensible est celle des Petites Antilles, où les plaques tectoniques américaines plongent sous la plaque caraïbe, avec une vitesse de convergence de 2 cm par an, formant volcans et tremblements de terre, qui peuvent dépasser la magnitude 8.
Problème, cette zone de contact (l’arc des Petits Antilles) est en mer. “Un des grands défis du futur sera de développer une instrumentation permanente en fond de mer, d’être en mesure de se rapprocher pour obtenir de l’information”, explique Jérôme Vergne.
La région compte une dizaine de volcans actifs dont la Soufrière qui domine la Guadeloupe et la Montagne Pelée en Martinique. “Tous sont surveillés 24h sur 24h, 7 jours sur 7. On ne peut pas se permettre de rater un signe avant-coureur, cela serait catastrophique”, explique Claude Jaupart de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP).
Car si la Montagne Pelée est considérée actuellement comme inactive (elle a fait deux éruptions assez puissantes en 1902 et 1929 qui ont vidé le réservoir de magma), la Soufrière est “tout particulièrement surveillée”. “Il semble assez probable qu’elle fasse une éruption dans le siècle”, juge-t-il.
Autre volcan célèbre: le Piton de la Fournaise de La Réunion, l’un des plus actifs au monde. Mais bien qu’il soit entré en éruption à une quinzaine de reprises au cours des dix dernières années, il n’est pas pour autant considéré comme dangereux.
“Ce sont des éruptions basaltiques, produisant ce que l’on appelle des fontaines de laves, sans explosions majeures”, explique le géophysicien.
Même si on tendance à les négliger, la métropole compte aussi ses volcans, notamment ceux du Massif central. Ces volcans ne se trouvent pas à la frontière de plaques mais correspondent à des “points chauds”, zones beaucoup plus profondes à partir desquelles des jets de magma chaud sont émis verticalement. Une éruption semble tout de même peut probable à court terme.
Laurence Coustal (btlv.fr/source AFP)





