Pensée au départ pour 2023, puis régulièrement décalée, la mission habitée autour de la Lune a quitté le domaine des projections pour entrer dans celui du réel : son lanceur a pris place sur le pas de tir 39B du centre spatial Kennedy, en Floride, signal clair que le programme est désormais engagé dans sa dernière ligne droite, après une succession de révisions, de reports assumés et de compromis techniques parfois lourds.
Le déplacement n’a rien d’anecdotique. Depuis le Vehicle Assembly Building, immense cathédrale industrielle de 160 mètres de haut héritée du programme Apollo, le Space Launch System a parcouru un peu plus de six kilomètres. Douze heures ont été nécessaires pour ce lent voyage, mené à une vitesse qui dépasse à peine le pas d’un homme. Le SLS, haut de 98 mètres, légèrement plus compact que le Saturn V des missions Apollo, a quitté le VAB au petit matin pour atteindre le LC-39B en fin de journée, le 17 janvier.
UN CONVOI HORS NORMES HÉRITÉ D’APOLLO
Même vide de ses réservoirs d’ergols son combustible, l’ensemble forme un convoi hors normes. Installé sur sa plateforme de lancement, prolongé par sa tour de service, le lanceur forme un ensemble dont la masse atteint environ 5 500 tonnes. Pour l’acheminer jusqu’au pas de tir, la NASA a fait appel à l’une de ses machines les plus emblématiques, le Crawler-Transporter numéro 2. Quarante mètres de long, trente-cinq de large, près de 2 700 tonnes à lui seul, un vestige pleinement opérationnel de l’ère Apollo. À l’intérieur du VAB, il vient se positionner sous la plateforme, puis en ressort lentement, chargé, avançant à une allure qui dépasse à peine 1,4 km/h.
Le parcours emprunte une infrastructure unique au monde, la Crawlerway. Cette voie, aménagée dans les années 1960, se compose de deux pistes parallèles recouvertes d’un épais lit de galets de quartz, extraits de rivières de l’Alabama. Le goudron classique ne résisterait pas à de telles masses. Sous cette couche de pierres, des fondations de plus d’un mètre de profondeur assurent la stabilité de l’ensemble. À l’origine, la Crawlerway se divisait pour desservir les pas de tir 39A et 39B. Depuis que le 39A est loué à SpaceX pour les Falcon 9 et Falcon Heavy, seul le 39B reste dédié aux missions Artemis.
ARTEMIS II, LE RETOUR DES ASTRONAUTES AUTOUR DE LA LUNE
Sur place, le lanceur domine désormais le paysage. C’est le deuxième SLS assemblé, après celui d’Artemis I qui avait volé sans équipage fin 2022. Cette fois, la différence est majeure : quatre astronautes prendront place à bord de la capsule Orion pour un voyage de dix jours autour de la Lune. Reid Wiseman commandera la mission, accompagné de Victor Glover et Christina Koch, tous trois Américains, ainsi que du Canadien Jeremy Hansen. Orion est reliée à son module de service européen, l’ESM, fourni par l’Agence spatiale européenne, élément clé pour la propulsion, l’énergie et le support vie.
Avant tout décollage, une étape reste incontournable. La NASA prévoit une répétition générale complète du compte à rebours, la Wet Dress Rehearsal. Les réservoirs seront intégralement remplis, les procédures suivies à la lettre, jusqu’à l’installation de l’équipage à bord, un aspect inédit par rapport à Artemis I. L’objectif est de tester en conditions réelles un enchaînement d’opérations qui s’étale sur plus de quarante-huit heures et dont la complexité ne tolère aucune approximation.
Cette répétition doit se tenir au plus tard le 2 février. Elle ne garantit pas pour autant un lancement immédiat. L’agence américaine l’a rappelé : d’autres répétitions pourraient être nécessaires si des points techniques restent à clarifier. Dans le scénario le plus contraignant, le SLS pourrait même être ramené dans le VAB pour des ajustements impossibles à réaliser sur le pas de tir, une opération de rollback qui repousserait le départ aux fenêtres de tir du mois suivant.
VERS UN NOUVEAU CHAPITRE DES VOLS HABITÉS
Les premières opportunités de lancement sont actuellement prévues à partir du 6 février, heure locale de Floride. D’ici là, chaque étape comptera. Artemis II ne se contente pas de préparer un simple survol lunaire : elle marque le retour progressif des vols habités au-delà de l’orbite terrestre, avec tout le poids symbolique et technique que cela implique. Pour ne rien manquer de l’actualité à l’espace inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Cité de l’espace – photo home page @btlv via adobe stock)








