5 septembre 2024 – La double sonde spatiale BepiColombo a frôlé Mercure dans la nuit de mercredi à jeudi, pour mieux retrouver afin de l’étudier en 2026 la plus petite et la plus méconnue des planètes du système solaire.
Le survol de la surface de Mercure est le quatrième des six que doit effectuer l’engin européo- japonais avant d’atteindre sa cible. Un drôle de parcours, de plus de 9 milliards de km, entamé en octobre 2018 à l’aide d’une fusée Ariane 5.
“C’est la planète la plus proche du Soleil, et la plus difficile à atteindre pour une sonde interplanétaire”, dit à l’AFP Alain Doressoundiram, astronome de l’Observatoire de Paris-PSL.
Elle n’est pourtant pas plus distante de la planète bleue que Mars, atteignable au mieux en sept mois. Le problème est que, pour retenir une sonde en orbite, la toute petite masse de Mercure rend sa force d’attraction gravitationnelle extrêmement faible par rapport à celle du Soleil.
“Il faut beaucoup plus d’énergie pour freiner et s’arrêter à Mercure que pour aller jusqu’à Mars”, explique l’astronome, avec le risque sinon de finir en cendres ou de se perdre dans le système solaire.
C’est là qu’intervient tout l’art de la méthode d’assistance gravitationnelle, qui permet à une sonde, en passant près d’un corps céleste, d’accélérer ou ralentir et de modifier sa trajectoire.
PAYSAGE LUNAIRE
BepiColombo, engin de quatre tonnes, a commencé son périple par un survol de la Terre et de Vénus. Tout se déroulait sans anicroche jusqu’à avril dernier, quand un incident d’alimentation électrique a mis en danger la mission, son moteur ionique ne disposant plus que de 90% de sa puissance. Un niveau “inférieur au minimum de puissance requis pour une insertion dans l’orbite de Mercure en décembre 2025”, a dit la responsable de la mission pour l’Agence spatiale européenne (ESA), Santa Martinez, dans un communiqué de l’agence.
Les ingénieurs ont modifié depuis la trajectoire de BepiColombo, pour permettre son entrée en orbite autour de Mercure avec un peu de retard, en novembre 2026. Ce faisant, la double sonde a croisé dans la nuit de mercredi à jeudi à quelque 160 km de la surface de Mercure, environ 35 km plus près qu’initialement prévu. En matière d’exploration, la planète est l’enfant pauvre des quatre astres rocheux, avec la Terre, Mars et Venus du système solaire et pas seulement parce qu’elle est difficile à atteindre.
Survolée pour la première fois en 1974 par la sonde Mariner 10, elle dévoile un paysage lunaire, loin d’enthousiasmer foules et chercheurs, plus captivés par Mars et ses canaux, ou Venus, la “jumelle” de la Terre.
LES CHOSES BIZARRES DE MERCURE
Il faut attendre Messenger, en 2011, la première à se placer en orbite autour de Mercure, pour découvrir et confirmer “des choses un peu bizarres”, comme les qualifie M. Doressoundiram. Des “étrangetés” en faisant, selon ce spécialiste de la surface des planètes, “le chaînon manquant de la planétologie comparée”.
Avec d’abord un champ magnétique, dont elle est seule à disposer avec la Terre. Mais dont on ne s’explique pas comment elle a pu le conserver à si petite distance du Soleil. Autre “étrangeté”, un noyau de fer occupant 60% de sa masse, contre seulement un tiers pour la Terre. Autant de choses que “les modèles ne prédisent pas”, souligne l’astronome. Et dont l’éclairage permettrait de mieux comprendre la formation des planètes rocheuses.
Et que dire des “hollows” (creux en anglais), sortes de cavités, irrégulières et très brillantes, signes d’une activité géologique peut-être récente. Ou de son activité volcanique passée. Ou encore la nature des minéraux couvrant sa surface, dont la composition reste une énigme. Peut-être ont-ils été “dénaturés” par l’irradiation intense du Soleil, et une température de surface de 430°C le jour et -180°C la nuit.
Autant d’énigmes que les seize instruments de BepiColombo, qui rassemble les sondes européenne MPO et japonaise MMO, vont s’efforcer de déchiffrer en orbitant autour de l’astre pendant au moins un an et demi. Pour ne rien louper de l’actualité spatiale, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Bob bellanca (réfaction btlv via AFP)





