Espace : les passagers clandestins de la mission Artemis autour de la Lune

28 janvier 2026

Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis qu’Apollo 17 a quitté la surface lunaire en 1972. Depuis, aucun équipage humain n’y est retourné. La Lune a été observée à distance, cartographiée, mesurée, exploitée par des sondes et des satellites, faute de programme habité et en raison des coûts et des priorités politiques.

Aujourd’hui, ce long silence des hommes dans l’espace profond est sur le point de prendre fin. Artemis II, mission attendue depuis des années, s’apprête à envoyer quatre astronautes autour de la Lune pour la première fois depuis 1972. Pas une étape pionnière sur le sol lunaire cette fois‑ci, mais un périple autour de notre voisin céleste, un moment suspendu entre nostalgie des épopées Apollo et promesses de nouveaux horizons.

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Cette fois, ils seront quatre à bord. Quatre humains bien réels, porteurs d’histoires, de regards, de corps entraînés pour le vide. Ils vont faire le tour de la Lune. Dix jours, une boucle parfaite, un clin d’œil à ceux qui, jadis, l’ont déjà fait dans les modules Saturn. Mais il y a quelque chose de plus. Un détail presque invisible, qui ne fait pas la une, mais qui, dans quelques années, pourrait bien devenir le centre de l’attention. Car à bord d’Orion, il y aura aussi des clones.

Pas des clones au sens où l’on imagine dans les films. Pas des copies humaines, pas des doubles pensants. Non. Des échantillons cellulaires. Des tissus vivants, prélevés sur les astronautes eux-mêmes, cultivés en laboratoire et fixés sur ce que l’on appelle des puces organiques. Miniaturisation extrême. Moelle osseuse, principalement. Des fragments de vie enfermés dans des dispositifs conçus pour mimer les fonctions d’un organe. Et ces fragments vont faire le voyage. Eux aussi. Silencieusement.

DES AVATARS BIOLOGIQUES DANS L’ESPACE

La NASA appelle cette expérience AVATAR. L’acronyme, comme souvent, est plus alambiqué que poétique, mais le mot reste fort. Des avatars biologiques. Des présences réduites à l’essentiel, envoyées dans l’espace non pas pour voir, mais pour ressentir. Pour encaisser. Pour enregistrer. Ces cellules, à leur retour, porteront en elles les marques du voyage : l’exposition aux radiations, l’effet de la microgravité, peut-être même des altérations qu’on n’ose pas encore prédire.

Ce qu’on cherche, au fond, c’est à comprendre comment le vivant se comporte loin de la Terre. Non pas un vivant abstrait, mais un vivant personnel. Le corps de l’astronaute, décliné à l’échelle cellulaire, comme une extension silencieuse. Une sentinelle. C’est de la science, bien sûr. De la biologie spatiale. Mais c’est aussi plus que ça. Une sorte de rituel d’accompagnement, un lien subtil entre celui qui part et celui qui observe, entre l’humain qui respire et ses cellules envoyées en éclaireuses.

Tout cela pourrait sembler anecdotique. Un petit bout d’expérience parmi tant d’autres. Sauf que non. Ce genre d’essai prépare ce qui vient. Mars, plus loin. Les longs séjours. Les environnements qui déforment, qui usent, qui désorientent. Et face à ces environnements, on n’a pas le luxe de l’ignorance. Alors on envoie des morceaux de nous-mêmes pour prendre les devants. Sentir le choc avant qu’il n’atteigne le corps entier.

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Il y a quelque chose de beau, et de dérangeant, dans cette idée. Dérangeant, parce qu’on y devine les prémices d’un futur où les humains s’effacent au profit de leurs données biologiques. Où l’on extrait l’essence de la vie pour la faire voyager plus loin, plus vite, sans les contraintes de la chair. Et beau, parce que cela dit aussi autre chose : que même dans l’extrême technicité, il reste une part de nous qui cherche à comprendre, à ressentir, à anticiper. À survivre.

DES QUESTIONS OUVERTES SUR L’IDENTITÉ HUMAINE

Ce ne sont que quelques cellules. Mais elles portent déjà en elles les questions que l’on se posera demain. Est-ce qu’on peut encore parler de soi quand on envoie un morceau de sa propre moelle autour de la Lune ? Est-ce que ces fragments sont encore « nous » ? Ou bien sont-ils le début de quelque chose d’autre ? Une humanité distribuée, morcelée, fragmentaire, mais toujours en quête de sens.

Et pendant que les moteurs vrombissent, que la capsule s’arrache à l’attraction terrestre, ces petits morceaux de vie, calmes et sans conscience, filent à travers le vide. Vers la Lune. Puis reviendront. Peut-être changés. Comme nous tous, bientôt.  Pour ne rien manquer de l’actualité à l’espace inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Sciences et Avenir – photo home page @btlv via adobe stock)

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