Il y a ce regard que beaucoup reconnaissent immédiatement. Fixe, dense, presque imperméable. Un regard qui ne cherche ni l’approbation ni l’échange, qui traverse plus qu’il ne répond. On l’appelle, on tente un geste, parfois une caresse, et rien ne vient vraiment en retour.
Les chats savent maintenir cette distance avec une assurance déconcertante. Ils vivent à côté de nous sans jamais se rendre totalement disponibles, oscillant entre présence familière et retrait abrupt, laissant planer une question simple et tenace : que se passe-t-il, exactement, derrière ces yeux-là ?
C’est ce trouble diffus, partagé par bien des maitres, qui a fini par intéresser des chercheurs britanniques. Non pas pour nourrir l’image d’un animal froid ou inquiétant, encore moins pour céder à une caricature, mais pour tenter de comprendre certains comportements du chat domestique à l’aide d’outils issus de la psychologie humaine. La formulation est volontairement provocatrice, presque ironique : certains chats présentent-ils des traits comparables à ceux que l’on associe, chez l’homme, à la psychopathie ? Derrière le mot, il n’y a pourtant ni accusation ni sensationnalisme, seulement une tentative de transposition prudente.
UNE APPROCHE SCIENTIFIQUE
Personne, dans ce cadre, ne suggère que les chats élaborent des intentions malveillantes ou des stratégies complexes. Les chercheurs parlent de tendances, de dispositions, de manières d’être. Chez l’humain, la psychopathie renvoie à un ensemble bien identifié de traits comportementaux. Une fois déplacés vers le monde animal, ces repères perdent leur rigidité et deviennent des outils d’observation, destinés à décrire des variations de tempérament plutôt qu’à poser un diagnostic.
Certains comportements félins viennent naturellement alimenter la réflexion. Des changements d’humeur rapides, des réactions parfois abruptes, une indifférence totale aux règles imposées par la vie domestique, ou encore une attirance marquée pour des situations à risque. Pris séparément, rien de tout cela n’a de quoi surprendre quiconque connaît un peu les chats. Mais lorsqu’ils se combinent, ces éléments dessinent des profils plus tranchés, plus difficiles à anticiper, qui interrogent notre manière de les interpréter.
UN QUESTIONNAIRE POUR MIEUX CERNER LE TÉMPERAMENT FÉLIN
Pour sortir de l’impression subjective, les chercheurs ont mis au point un questionnaire accessible au public. Quarante-six questions, pas moins, qui invitent les propriétaires à observer leur animal dans des situations ordinaires : la réaction au contact physique, la gestion de la frustration, le rapport aux autres animaux, le comportement face à l’inconnu. Il ne s’agit pas de classer ni d’étiqueter, encore moins de juger. Les réponses permettent simplement de situer un chat sur un continuum de comportements, de repérer des dominantes, des tendances récurrentes.
Les résultats n’aboutissent à aucun verdict. Ils rappellent surtout une évidence que l’on oublie facilement : les chats ne partagent ni la même expressivité ni les mêmes codes émotionnels que nous. Comparés aux chiens, ils offrent peu d’indices faciaux. Pas de sourire, pas de grimace, pas de signaux immédiatement lisibles. Leur langage est ailleurs, plus discret, parfois plus déroutant : un mouvement d’oreille, une queue qui s’agite, une posture qui se tend ou se relâche. Ce que l’humain interprète comme de la froideur ou un manque d’émotion relève souvent d’un système de communication que nous maîtrisons mal.

(Crédit photo : Adobe Stock)
Au fond, la notion de « chat psychopathe » agit surtout comme un miroir. Elle reflète notre tendance à projeter des catégories humaines sur des comportements animaux qui nous échappent. Les chats vivent à nos côtés depuis des milliers d’années sans jamais s’être totalement pliés à nos attentes. Leur indépendance, héritée de siècles de chasse et de relative solitude, n’a pas été effacée par la domestication. Peut-être est-ce précisément cette part d’opacité, cette résistance à nos cadres émotionnels, qui continue de nourrir leur mystère et, paradoxalement, leur pouvoir de fascination. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter pour recevoir toute notre actualité sur l’espace.
François Deymier (rédaction btlv source Sciencepost – photo home page @btlv via adobe stock)








