(CLIMATOLOGIE) En étudiant le passé les scientifiques essayent de prédire l’avenir

4 mars 2021

4 mars 2021 — En région parisienne, des chercheurs décryptent les climats du passé dans la glace, les arbres ou les sédiments pour mieux comprendre le climat actuel et prévoir les changements liés au réchauffement climatique.

A Saclay, le bâtiment ICE regroupe 300 personnes du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE: CEA/CNRS/UVSQ). Des équipes de pointe, reconnues au niveau international, travaillent sur les climats passés, leur impact sur les écosystèmes et la modélisation des climats.

UN PROJET EUROPÉEN

Ils se basent sur des carottages de glace, de sédiments marins ou lacustres, d’arbres… Dans le cadre d’un projet européen, EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica), une carotte de glace de 3.270 mètres a été extraite de la calotte qui recouvre le continent antarctique, permettant d’établir la teneur de l’atmosphère en dioxyde de carbone et en méthane sur 800.000 ans.

La glace offre « plusieurs traceurs dans une même archive », indique la paléoclimatologue Anaïs Orsi en présentant des petits glaçons vieux de plusieurs centaines, voire milliers d’années, remplis de petites bulles d’air. « On peut reconstituer la composition de l’atmosphère », mais aussi grâce aux poussières « s’il y avait beaucoup de feux de forêt en Patagonie » ou « l’aridité en Australie », détaille la chercheuse au CEA (Commissariat à l’énergie atomique).

LES ARBRES FOURNISSENT DE PRÉCIEUSES INDICATIONS

Les arbres sont aussi de bons enregistreurs des variations climatiques. « Ils peuvent nous renseigner sur la température, l’ensoleillement, l’humidité », expose Valérie Daux, professeure de l’Université Versailles-Saint Quentin en Yvelines. Elle participe à un projet en Patagonie qui permet de remonter dans le temps sur 200 ans grâce aux cernes (anneaux de croissance) d’arbres, des cyprès de Fitzroy, qui projette d’aller jusqu’à 1.000 ans.

Un autre axe de recherche est de voir « à quelle vitesse un écosystème peut s’adapter à un changement climatique », en s’aidant du carbone 14, raconte Christine Hatté, chercheuse au CEA.

UN CLIMAT PERTURBÉ PAR LHOMME SUR UN AXE TRÈS COURT

Si les émissions se poursuivent au rythme actuel, la planète pourrait se réchauffer de 3,4 à 3,9°C d’ici la fin du siècle, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Et même si les Etats signataires de l’accord de Paris respectent leurs engagements, le mercure montera de 3,2°C.

Une hausse de 6 à 8°C par rapport à la périodepré-industrielle correspondrait à « des climats comparables à l’époque des dinosaures (disparus il y a 66 millions d’années) avec des températures très chaudes » mais la comparaison est difficile et ces climats sont moins bien connus car « les continents étaient différents et pas à la même place », dit Didier Roche.

Les paléoclimatologues connaissent en revanche mieux les climats qui sévissaient il y a 21.000 ans, quand la température moyenne mondiale était de 3 à 4 degrés plus froide. A cette époque, « il y avait un kilomètre d’épaisseur de glace à New York, trois kilomètres en Norvège, le niveau de la mer était 120 mètres plus bas », décrit le chercheur.

« Nous avons perturbé le climat très fortement et sur un temps très court. Plus on continue, plus ça change », avertit-il.

François Deymier (rédaction btlv.fr)

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