23 novembre 2018—Ce sont les îles du Pacifique qui se retrouveraient les plus touchées par l’expansion du mode de vie « à l’occidentale », selon une enquête de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Cette enquête alarmante, menée par l’Imperial College London (Royaume-Uni) et assurée par l’OMS a dressé le tableau suivant : en 40 ans, les cas d’obésité chez l’enfant et l’adolescent ont été multipliés par dix. Pire encore, d’ici à 2022, le nombre d’enfants et d’adolescents obèses dans le monde sera supérieur à celui des enfants dont le poids est insuffisant.
Plus précisément, ces recherches (130 millions de personnes âgées de plus de 5 ans) se sont intéressées à l’indice de masse corporelle (IMC) et à la manière dont l’obésité a évolué dans le monde entre 1975 et 2016. Le nombre de ces enfants et adolescents est passé de 11 millions en 1975 à 124 millions en 2016. Pas moins de 213 millions étaient considérés en surpoids en 2016, mais ils restaient en dessous du seuil de l’obésité (IMC 30).
Par exemple, la République de Nauru devient pays le plus en surpoids au monde avec un IMC de 35,03 chez les femmes et 33,85 chez les hommes. Or, de nombreuses autres îles aux quatre coins du globe connaissent une situation similaire (Saint Kitts et Nevis, Puerto Rico et les Bermudes, Samoa, Tonga, Palau, les îles Cook ou encore la Polynésie française).
Ce serait le résultat d’une combinaison de plusieurs facteurs (le régime alimentaire et la génétique) avec en tête, la mondialisation qui formerait la cause de cet impact de l’obésité. Explication : le déclin a démarré avec l’arrivée de militaires dans ces pays — Britanniques, Américains ou Français — durant la Seconde Guerre mondiale, bouleversant un mode de vie basé sur l’agriculture et la pêche de subsistance. Le fait est que les peuples insulaires, hélas, n’ont eu d’autre choix que de s’adapter au mode de vie occidental en quelques décennies seulement, alors que d’autres peuples y sont habitués en plusieurs siècles.
Si on examine le cas de la République de Nauru, la conversion des terres agricoles pour d’autres activités (comme l’extraction minière) a contraint la population à vivre plus regroupée sur une bande de territoire assez étroite. À cela, nous ajoutons la disponibilité instantanée de nourriture souvent importée, et nous avons le résultat actuel en termes d’épidémie d’obésité. Il faut savoir que le mode d’alimentation basé sur les fruits et légumes et le poisson a progressivement été remplacé par le sucre, la farine, le riz importé ainsi que les bières et autres sodas. L’apparition des chaînes de fast-food a également joué un rôle déterminant dans ce processus.
L’étude souligne également que les corps des insulaires du Pacifique sont génétiquement davantage programmés pour stocker le gras de manière plus efficace — comme c’est le cas des populations d’origine africaine. Ceci est un héritage du passé, durant lequel de longues périodes de famine et de reconstruction succédaient à des épisodes catastrophiques liés à la météo. Par ailleurs, les changements d’habitudes alimentaires et la mondialisation impactent logiquement beaucoup plus les îles que d’autres pays bien plus grands en superficie.
Henri Coron (btlv.fr/source .imperial.ac.uk)





