Les orbites de satellites, ce ne sont pas que des cercles immobiles dans l’espace bien ordonné, mais des sentinelles qui enregistrent depuis des années des signes discrets.
En les examinant de plus près, des physiciens et des géophysiciens se sont mis à entrevoir, presque par hasard, quelque chose qui ne rentrait pas dans les modèles habituels : un changement profond, invisible autrement, là où le manteau terrestre finit par se dissoudre dans l’immense noyau métallique. La terre solide n’a pas livré ses secrets par magie, mais en conjuguant des décennies de mesures et l’intuition que l’on gagne à ne pas lâcher une anomalie qui chiffonne.
Les engins qui ont ouvert cette porte portent un nom un peu froid aux oreilles : GRACE. Deux satellites appariés qui tombent en permanence l’un derrière l’autre autour de la Terre. D’abord conçus pour suivre les eaux, les glaces, les variations du gravitaire que provoquent les saisons ou les tempêtes, ils ont fait émerger des motifs que personne n’avait prévu.
Les signaux qu’ils renvoient, presque imperceptibles, ressemblent à des ondes, à des ondulations de masse sous la croûte qui ne s’expliquent ni par les océans qui se meuvent, ni par les calottes qui fondent. On peut ainsi suivre des redistributions de matière à des profondeurs que même les forages les plus ambitieux n’atteindront jamais.
Quand on s’enfonce dans toutes ses données, on finit par tomber sur un témoin d’un épisode survenu vers le milieu des années 2000, quelque part au large des côtes africaines. Un signal étrange qui n’a rien à voir avec ce que l’on attendrait d’un phénomène superficiel. « Cela vient nécessairement de très profond », glisse une spécialiste de ces mesures, convaincue que l’origine n’est pas une fluctuation passagère de l’eau ou de la glace. D’autres instruments, eux aussi en orbite, capturent à la même époque des perturbations du champ magnétique. Deux indices qui tournent ensemble sous la bande rugueuse des hypothèses plausibles.
UNE ANOMALIE INEXPLIQUÉE
L’une d’elles pointe vers un minéral presque banal en apparence, présent dans les couches les plus basses du manteau. Sous des pressions que nous ne pouvons qu’imaginer, cette pérovskite aurait changé de structure interne, densifiant localement les roches. Une anomalie de densité là-bas, si l’on peut dire, pourrait suffire à faire remonter ou descendre des masses de matière de quelques centimètres. Ces quelques centimètres, dans l’échelle monstrueuse de la planète, suffiraient à brouiller la circulation du liquide dans le noyau externe, là où naît notre champ magnétique.
Ce que cela signifie pour notre compréhension du globe est encore en débat, mais tous s’accordent à dire que ces observations invitent à repenser certains mécanismes internes. Plutôt que de s’en tenir à des modèles figés, ces résultats suggèrent un paysage dynamique, qui variera peut-être avec le temps, peut-être même d’endroit en endroit. Les successeurs des satellites GRACE, plus sensibles encore, pourraient révéler d’autres épisodes du même type, resserrer les incertitudes ou en poser de nouvelles.
Et au milieu de tout cela, l’idée reste la même : si nous voulons vraiment savoir ce qui se trame sous nos pieds, il faut regarder sans relâche, accepter d’être surpris par la complexité plutôt que de la réduire. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à la découverte de la vie extraterrestre inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source sciencesetcivilisations.fr– photo home page @btlv via adobe stock)









