Depuis plusieurs années, d’étranges morts de bovins intriguent les éleveurs et les autorités du comté de Harney, dans l’Oregon, aux États-Unis. Langues, mamelles ou organes reproducteurs prélevés avec une étonnante précision, absence apparente de sang et peu de traces autour des carcasses : autant d’éléments qui continuent d’alimenter le mystère. Face à l’absence d’explication définitive, un adjoint du shérif va jusqu’à évoquer une hypothèse pour le moins extraordinaire : celle d’une intervention extraterrestre.
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis la fin des années 1960, des mutilations inexpliquées de bétail ont été rapportées aux États-Unis, mais également au Canada et au Mexique. Plus de 10 000 cas auraient ainsi été recensés sur le territoire américain au cours des cinquante dernières années.
Dans le comté de Harney, le mystère a notamment refait surface en février 2021, lorsqu’une vache mutilée a été découverte sur les terres d’un ranch. Six autres bovins auraient ensuite été retrouvés dans la région dans des circonstances similaires.
Plusieurs parties de leur corps avaient disparu, notamment les langues, les mamelles, les testicules ou d’autres organes reproducteurs. Plus étrange encore : selon les témoignages recueillis, les carcasses semblaient ne présenter pratiquement aucune trace de sang.
Les enquêteurs n’auraient par ailleurs découvert aucun signe évident de lutte autour des animaux. Pas de sol profondément retourné, pas d’empreintes témoignant d’une agitation importante et surtout aucune des blessures habituellement associées à l’attaque d’un prédateur ou à l’intervention de charognards.
« ON DIRAIT UN SCALPEL »
Ces affaires sont au cœur du documentaire Not One Drop of Blood, réalisé par Jackson Devereux et Lachlan Hinton. Les deux cinéastes se sont intéressés aux témoignages des éleveurs, des forces de l’ordre et des habitants de cette immense région rurale de l’Oregon.
Parmi eux figure l’éleveur Clint Weaver. Lorsqu’un premier taureau est retrouvé mort, il pense initialement que l’animal a succombé après un combat avec un autre bovin. Puis un deuxième animal est découvert. « Nous avons commencé à les examiner de plus près et nous avons remarqué que leurs testicules et leurs organes reproducteurs avaient disparu », raconte-t-il. D’autres carcasses sont ensuite découvertes et présentent des caractéristiques comparables.
Les vétérinaires locaux auraient écarté l’hypothèse d’attaques classiques de prédateurs. Les morsures et lacérations provoquées par un animal laisseraient normalement des blessures très différentes. Pour Jackson Devereux, certaines incisions sont particulièrement troublantes : « On dirait un scalpel. C’est très précis. »
L’absence apparente de sang est également devenue l’une des caractéristiques emblématiques de ces affaires, au point d’avoir inspiré le titre du documentaire : Not One Drop of Blood, « Pas une seule goutte de sang ».
PRÉDATEURS, SECTES, OPÉRATIONS SECRÈTES… OU EXTRATERRESTRES ?
Depuis des décennies, les mutilations de bétail donnent naissance à de nombreuses hypothèses. Prédateurs, phénomènes naturels, insectes, actes humains, rituels occultes, opérations gouvernementales clandestines et même interventions extraterrestres ont tour à tour été avancés.
Dans l’Oregon, certains habitants privilégient une intervention humaine. Des individus pourraient, selon eux, neutraliser les animaux avant de prélever certaines parties de leur corps. Mais aucune preuve concluante ne serait venue confirmer cette hypothèse.
L’adjoint Matt Ellibee, du bureau du shérif du comté de Harney, reconnaît lui-même avoir envisagé différentes pistes avec le shérif, notamment celles liées à des pratiques occultes. Pourtant, devant l’absence d’explication conventionnelle, il en est venu à considérer une possibilité beaucoup plus inhabituelle. « À mon avis, ce sont des extraterrestres », déclare-t-il dans le documentaire.
Une affirmation qu’il nuance toutefois en reconnaissant ne pas savoir lui-même s’il croit réellement à cette explication. « Je ne crois pas que nous soyons la seule espèce intelligente de notre univers », explique-t-il, avant d’évoquer une autre possibilité : l’existence d’une opération clandestine extrêmement sophistiquée capable d’agir sans laisser de traces.
À ce jour, aucun élément matériel ne permet cependant d’établir un lien entre ces mutilations et une quelconque présence extraterrestre.
Le détail probablement le plus étonnant de cette affaire réside dans sa longévité.
En consultant les archives, les réalisateurs expliquent avoir retrouvé des rapports du bureau du shérif concernant des mutilations de bétail remontant aux années 1970. Selon Jackson Devereux, les descriptions consignées à l’époque seraient presque identiques à celles figurant dans les dossiers contemporains.
Pourquoi, après plus d’un demi-siècle, aucune réponse définitive n’a-t-elle été trouvée ?
La géographie du comté de Harney pourrait constituer une partie de l’explication. Avec son immense superficie et une population très dispersée, certains ranchs sont particulièrement difficiles d’accès. Les forces de l’ordre peuvent ainsi parcourir plusieurs heures de route avant d’atteindre une carcasse signalée.
Entre-temps, les conditions météorologiques, les animaux sauvages et le temps écoulé peuvent compliquer considérablement la conservation des éventuels indices.
Les différentes tentatives de coordination entre les autorités locales n’ont, jusqu’à présent, pas permis d’apporter de réponse définitive.
UN PHÉNOMÈNE QUI CONTINUE D’ALIMENTER LE PARANORMAL
Les mutilations de bétail occupent depuis longtemps une place particulière dans l’univers des phénomènes inexpliqués. Dès 1980, la journaliste et documentariste Linda Moulton Howe consacrait Strange Harvest au sujet et explorait notamment l’hypothèse d’un lien avec le phénomène OVNI.
Des cas présentant certaines caractéristiques similaires ont également concerné des cerfs ou des wapitis, renforçant encore les interrogations autour de ces morts inhabituelles.
Pour Jackson Devereux, si les théories les plus extraordinaires continuent de prospérer, c’est avant tout parce que les mêmes questions restent sans réponse depuis des décennies.
Les réalisateurs disent pourtant avoir commencé leur enquête avec scepticisme. Mais au milieu des étendues désertes de l’Oregon, où les ranchs s’étendent parfois à perte de vue, Devereux reconnaît avoir fini par comprendre pourquoi ces histoires nourrissent autant l’imaginaire.
« On s’arrête, on regarde autour de soi, et on ne voit rien d’autre que des yeux de vache et un ciel d’un noir d’encre », raconte-t-il. « À ce moment-là, on a l’impression que tout peut arriver dans ces paysages. »
Plus de cinquante ans après les premiers signalements, l’origine exacte de certaines de ces mutilations reste donc débattue. Phénomènes naturels mal interprétés, interventions humaines ou autre chose ? En l’absence de preuves permettant de trancher définitivement, le mystère continue d’alimenter les théories les plus diverses. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.
Valentin Rican (rédaction btlv source Daily Mail – photo home page @btlv)








