Depuis que l’homme lève les yeux vers le ciel, il se pose la question sur nos éventuels voisins cosmiques. Des entités extraterrestres qui ne seraient ni forcément proche, ni forcément bienveillante, mais possible. L’idée n’est pas neuve. Épicure imaginait déjà une pluralité de mondes disséminés dans un univers d’atomes et de vide. Ce qui relevait de la spéculation philosophique est devenu, au fil des siècles, un champ de recherche structuré, bardé de radiotélescopes et de modèles probabilistes. Pourtant, derrière la sophistication technologique, une fragilité demeure : nous n’avons qu’un seul exemple d’intelligence technique à étudier. La nôtre.
Nous supposons qu’une civilisation avancée consomme davantage d’énergie, colonise son environnement, laisse des traces massives. Nous imaginons des mégastructures, des sphères de Dyson capturant l’énergie d’étoiles entières, des signatures infrarouges trahissant une activité galactique démesurée. Mais le ciel reste obstinément discret. Rien de spectaculaire. Rien de durablement artificiel. Ce silence commence à peser.
PROJECTION HUMAINE
Il se pourrait que nous cherchions mal. Ou que nous cherchions ce qui nous ressemble trop.
L’astronome David Kipping avance une idée dérangeante, presque contre-intuitive. En astronomie, ce que l’on détecte en premier n’est pas ce qui est le plus fréquent, mais ce qui brille le plus. Les supernovas ne dominent pas les galaxies par leur nombre, seulement par leur éclat. Elles explosent, flambent, puis disparaissent. Appliqué aux civilisations, le raisonnement glisse vers un terrain moins confortable : les sociétés stables, durables, sobres, pourraient être précisément celles qui n’émettent presque rien. Pas de gaspillage énergétique, pas de surchauffe planétaire, pas de signatures criardes. Une intégration fine à leur écosystème. Une discrétion cosmique.
CIVILISATIONS EN DÉSÉQUILIBRE
À l’inverse, les civilisations en déséquilibre laisseraient des cicatrices lumineuses. Atmosphères altérées, pics énergétiques, émissions radio intenses, industrialisation effrénée. Une trajectoire rapide, bruyante, instable. Si nous détectons quelque chose, ce pourrait être cela : un monde en train de basculer.
Le premier signal ne serait pas l’annonce d’une prospérité interstellaire, mais le symptôme d’une crise.On imagine volontiers un message volontaire, un ultime enregistrement expédié vers l’inconnu lorsque tout est perdu. Une civilisation consciente de sa fin, libérée de toute stratégie de dissimulation, qui décide d’émettre sans retenue. Plus rien à protéger, plus rien à préserver. Seulement transmettre. Non pour conquérir, ni pour dialoguer longuement, mais pour laisser une trace avant l’extinction.
Dans cette hypothèse, le premier contact serait asymétrique. Nous écouterions un monde qui ne peut plus nous répondre.
Cela change la manière de chercher. Plutôt que guetter des architectures permanentes, il faudrait traquer l’éphémère : des variations atmosphériques rapides, des anomalies transitoires, des signaux qui surgissent puis s’éteignent. Revenir sans cesse sur les mêmes portions de ciel, accepter que l’important ne dure pas. Le cosmos ne livrerait pas ses secrets sous la forme de monuments, mais d’éclats.
UN MESSAGE D’ADIEU
L’image romantique du premier contact rencontre, échange, peut-être alliance ou confrontation s’effrite. Ce que nous capterons un jour, si cela arrive, pourrait ressembler à un souffle terminal. Une preuve non pas de la toute-puissance de l’intelligence, mais de sa vulnérabilité.
Il y aurait alors, dans ce message venu d’ailleurs, moins une promesse qu’un avertissement. Une confirmation silencieuse que la technologie n’immunise pas contre l’effondrement. Que la conscience n’est pas synonyme de pérennité. Et que, dans l’immensité du cosmos, survivre longtemps est peut-être l’exception, pas la règle. Pour ne rien manquer de l’actualité de btlv, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Sciences civilisations – photo home page @btlv via adobe stock







