On ne parle plus ici de simples étagères poussiéreuses où Harry Potter aurait laissé traîner ses grimoires. Depuis 2024, les bancs de l’Université d’Exeter ont franchi une ligne invisible, accueillant un master en magie et sciences occultes qui décoiffe sérieusement les traditions académiques. Oubliez les baguettes en bois de sureau et les capes de velours ; on est plutôt ici dans une autopsie en règle de notre rapport au surnaturel, de son ancrage sociologique et de son poids historique. Pour sa deuxième année, le programme ne désemplit pas, confirmant que le phénomène est loin d’être un feu de paille.
C’est la professeure Emily Selove qui a tiré le premier fil. Son intuition est limpide : le regain d’intérêt pour le tarot sur TikTok ou la frénésie des consultations de voyance sur Etsy ne sont pas des anomalies, mais le symptôme d’une société qui a encore soif de mystique. Plutôt que de regarder ce besoin avec la morgue habituelle de la tour d’ivoire, Exeter a choisi d’ouvrir les portes. Le but est clair : bousculer ce vieux logiciel occidental qui s’est longtemps imaginé seul détenteur de la rationalité, en reléguant tout ce qui sort des clous de la science dure au rang de superstition pour les autres.
L’atout maître de cette formation, c’est sans doute son ancrage au sein de l’Institut d’études arabes et islamiques. Un choix qui ancre le cursus dans une réalité historique où magie et savoirs ont longtemps fait route commune, forçant les étudiants à revoir leur copie sur la manière dont nous construisons, encore aujourd’hui, nos certitudes.
Ce choix ne doit rien au hasard. Il s’agit de reconnaître, chiffres et archives à l’appui, la dette immense que la culture et la science occidentales ont contractée auprès du monde arabo-musulman. Une histoire souvent gommée, effacée, pour construire cette image d’un Occident qui serait « naturellement » rationnel. Étudier la magie, c’est donc, paradoxalement, faire un travail d’historien et de sociologue des plus sérieux. C’est examiner comment les humains se sont rapportés au monde naturel à travers les âges, et comment ces croyances ont façonné les échanges entre les cultures.
UNE RÉPONSE AU DÉSENCHANTEMENT MODERNE
On aurait tort de voir dans cette formation une curiosité folklorique. La magie et l’occulte ont toujours infusé la culture occidentale, même quand on cherchait à les occulter. Les refuser, c’est se priver d’une part de compréhension sur notre propre civilisation. En cette deuxième année de fonctionnement, le programme continue d’attirer des profils variés, curieux de comprendre pourquoi, à l’ère de l’intelligence artificielle et de la toute-puissance technologique, les vieux archétypes magiques reviennent en force.
C’est peut-être là le cœur du sujet. Tandis que certains étudiants de l’autre bout de la planète s’essaient à contrer l’IA avec des machines à écrire vintage, les aspirants « mages » d’Exeter, eux, préfèrent interroger les racines profondes de nos besoins de transcendance. Il y a, dans cet acte, une volonté de reprendre le contrôle sur une narration du monde qui, trop souvent, nous échappe. La magie, dans ce cadre universitaire, devient un outil analytique puissant. Elle permet d’ausculter nos fragilités contemporaines, nos besoins de donner du sens là où la froide logique semble échouer.
L’OCCULTE COMME MIROIR DE NOS SOCIÉTÉS
Le succès de cette formation confirme un basculement : le surnaturel ne fait plus peur aux institutions. Il est désormais un objet d’étude digne, riche de complexités. Que l’on y voie une simple réaction au désenchantement du monde ou une réelle soif de spiritualité, le master de l’Université d’Exeter a réussi son pari. Il a imposé, au cœur de l’académie, des sujets qui étaient jusqu’ici cantonnés à l’ombre. La deuxième année du cursus confirme cette tendance : l’occulte n’est pas une déviation, c’est un miroir de nos rapports complexes au savoir, au pouvoir et à l’inconnu. Les étudiants n’y apprennent pas à jeter des sorts, ils apprennent à lire le monde avec une profondeur nouvelle. C’est peut-être cela, la véritable magie de cette université britannique. Pour ne rien manquer de l’actualité ésotérique, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source University of Exeter– photo home page @btlv via adobe stock)







