Archéologie : une page perdue du palimpseste d’Archimède refait surface en France

16 mars 2026

Comme un objet remontant à la surface: une des trois pages manquantes du palimpseste d’Archimède, ce manuscrit du Xe siècle contenant plusieurs copies des traités antiques du scientifique grec, a été retrouvée à Blois par un chercheur du CNRS. Physicien, astronome, mathématicien et ingénieur… Archimède a vécu au IIIe siècle avant notre ère à Syracuse, dans la Sicile grecque, et son oeuvre exceptionnelle, dont la célèbre poussée d’Archimède, a traversé les siècles.

Tout comme ce palimpseste, qui constitue “une mine de textes perdus de l’Antiquité”, déclare à l’AFP Victor Gysembergh, chercheur CNRS au Centre Léon Robin de recherches sur la pensée antique, et auteur de la redécouverte d’une des pages du document.

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Un palimpseste est un parchemin manuscrit dont le texte original a été gratté afin d’être réutilisé pour que soient réécrits par-dessus d’autres textes.

“Cette pratique était courante pour ces supports en peaux animales très coûteux pour l’époque”, souligne le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) dans un communiqué accompagnant les travaux de son chercheur, publiés dans la revue allemande Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphyk.

D’ISTANBUL À BLOIS

“Les traités d’Archimède ont été copiés au Xe siècle. On y trouve aussi ses textes philosophiques, littéraires et religieux. Plus tard, vers les XIIe et XIIIe siècles, ils ont été effacés et recyclés pour devenir un écologue, un recueil de prières destiné à la liturgie”, développe Victor Gysembergh.

Le parcours du  palimpseste, document unique au monde, épouse alors les méandres de l’Histoire. Conservé par le patriarcat latin de Jérusalem, notamment à Constantinople (Istanbul), il y est retrouvé par le Danois Johan Ludvig Heiberg à la fin du XIXe siècle, qui le photographie page par page, en 1906.

Puis le palimpseste disparaît complètement avec la Première guerre mondiale. Il faut attendre 1996 pour le redécouvrir en France au sein d’une collection privée, à l’occasion de sa vente aux enchères à l’étranger, pour un autre collectionneur privé.

Mais dans l’intervalle, trois pages sur les 177 que compte le palimpseste ont disparu. C’est l’une d’elles que Victor Gysembergh a retrouvée au sein du Musée des Beaux-Arts de Blois, le tout “un peu grâce à une plaisanterie”, relate le chercheur.

“Je m’intéresse aux palimpsestes parce que c’est une manière de redécouvrir des textes perdus de l’Antiquité. Et il m’arrive de chercher les palimpsestes dans des villes précises”, raconte-t-il.

Ce jour-là, au bureau avec des collègues, il évoque le fait “qu’une partie de la bibliothèque des rois de France était conservée à Blois. J’ai dit: Tiens, voyons s’il n’y a pas un palimpseste à Blois”.

Le voici donc qui lance ses recherches via Arca, le site qui répertorie tous les manuscrits de France. Et le chercheur de tomber des nues: “C’était très inattendu de tomber sur un manuscrit grec. Très inattendu de tomber sur un palimpseste et plus encore sur un traité scientifique du Xe siècle !”

Le chercheur va dès lors travailler sur les photos en ligne pour l’identifier formellement.

Les 4 fantastiques

“J’ai comparé cette page, telle qu’elle est aujourd’hui à Blois, avec les photos réalisées en 1906 et qui sont également disponibles en ligne (via la Bibliothèque royale du Danemark). Quand on a plusieurs copies manuscrites d’un même texte, il y a toujours des erreurs qui se glissent. Là, le style de l’écriture est exactement le même, chaque lettre est exactement la même. La figure géométrique est exactement la même, exactement au même endroit…”.

“Il s’agissait du traité d’Archimède sur la sphère et le cylindre”, s’extasie-t-il.

La page contient d’un côté le texte de la copie, très visible, et de l’autre une enluminure, ajoutée au XXe siècle par le propriétaire, probablement pour tenter d’augmenter la valeur du document.

Le chercheur espère désormais pouvoir mener dans l’année qui vient une campagne d’imagerie multispectrale et de la fluorescence de rayons X, afin de déchiffrer le texte derrière l’enluminure.

Cette découverte relance l’espoir de retrouver un jour les deux autres pages manquantes: “Jusqu’à cette découverte, on n’avait aucune raison d’espérer qu’on les retrouverait un jour. Là, si des institutions ou des collectionneurs privés possèdent ce genre de manuscrits, il faut qu’ils pensent que ça pourrait être un des autres folios perdus”, conclut-il. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.

Bob Bellanca (rédaction btlv via AFP – photo home page @btlv)

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