Une empreinte digitale humaine vieille de plus de 42 000 ans a été découverte sur une œuvre d’art néandertalienne, redéfinissant les contours de l’héritage symbolique de cette espèce. Grâce à une collaboration inédite avec la police scientifique espagnole, ce vestige devient la plus ancienne empreinte directe d’une action artistique préhistorique.
C’est une simple pierre tachetée de rouge, trouvée dans la vallée de l’Eresma, qui bouleverse aujourd’hui notre perception des Néandertaliens. Sur cette œuvre d’art portatif, un point d’ocre rouge appliqué volontairement sur une forme rappelant un visage marque une empreinte visuelle et symbolique sans précédent. Mais au-delà de l’image, c’est une empreinte digitale, profondément humaine, que la science vient d’exhumer.
Les scientifiques confirment : cette trace inscrite dans le pigment date de plus de 42 000 ans, et elle appartient à un homme adulte de l’espèce Homo neanderthalensis. Il s’agit là de la plus ancienne empreinte digitale humaine jamais identifiée.
UNE EMPREINTE DANS LA PIERRE
L’objet a été retrouvé sur le site d’Abrigo de San Lázaro, en Espagne, dans un niveau riche en outils moustériens, typiques des dernières occupations néandertaliennes. La pierre, naturellement façonnée par l’érosion fluviale, évoque un visage.
La paréidolie, ce mécanisme psychologique qui nous pousse à voir des visages dans des objets inanimés, aurait été déclenchée il y a 42 millénaires, suscitant une réaction artistique instinctive. Un point rouge, en guise de nez, vient accentuer cette vision. L’homme qui l’a décorée n’a pas seulement vu un visage : il a voulu le marquer, le souligner, et sans le savoir, y a laissé son empreinte pour l’éternité.

Image obtenue par analyse multispectrale du point rouge.
Crédit photo : David Álvarez-Alonso / Sciences archéologiques et anthropologiques
La révélation de cette empreinte digitale est le fruit d’une collaboration interdisciplinaire inédite. Outre les archéologues et géologues, des membres de l’Unité centrale d’identification du Commissariat général de la police scientifique espagnole ont joué un rôle déterminant. Grâce à une analyse multispectrale, une technique empruntée aux méthodes médico-légales, ils ont mis en lumière cette empreinte invisible à l’œil nu mais gravée dans le pigment ocre.
C’est Samuel Miralles Mosquera, expert en imagerie, qui l’a révélée. Puis Ma Carmen Sastre Barrio et son équipe l’ont analysée, confirmant qu’il s’agissait bien d’une empreinte digitale humaine aux caractéristiques masculines. Jamais auparavant une telle empreinte d’identité n’avait été découverte dans le cadre d’une étude paléolithique.
UNE EMPREINTE SYMBOLIQUE DE L’ART NÉANDERTALIEN
Ce geste, minuscule mais lourd de sens, constitue une preuve tangible de la pensée symbolique des Néandertaliens. L’empreinte n’est pas seulement digitale : elle est aussi culturelle, artistique, historique. L’acte de peindre ce point rouge et d’y apposer involontairement une trace digitale révèle une capacité d’abstraction et une sensibilité esthétique jusque-là réservées à l’Homo sapiens.
Ce nouveau jalon s’inscrit dans une série de découvertes qui redéfinissent l’empreinte culturelle des Néandertaliens. Après les peintures des grottes d’Ardales, La Pasiega et Maltravieso, cette œuvre portative démontre qu’ils ne se contentaient pas d’habiter les lieux : ils les imprégnaient de sens. En mai 2025, l’étude a été publiée dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences, confirmant l’empreinte durable de cette découverte dans la communauté scientifique. Elle marque une étape fondatrice dans l’union entre l’archéologie préhistorique et les technologies médico-légales modernes. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter pour être informé(e) de toute l’actualité btlv.
Valentin Rican (rédaction btlv source Sciences archéologiques et anthropologiques – Photo home page : David Álvarez-Alonso)






