27 novembre 2023 – Les chercheurs ont fait une découverte époustouflante en Europe centrale, révélant une société préhistorique d’une complexité surprenante, qui a prospéré dans une région considérée jadis, comme désertée vers 1600 avant JC. Cette société sophistiquée a été identifiée comme l’un des principaux « foyers culturels du sud de l’Europe » et a exercé une influence majeure à l’échelle régionale, rayonnant jusqu’en Méditerranée, selon les conclusions d’une étude récente.
Le bassin pannonien, situé au cœur de la Hongrie moderne et englobant plusieurs pays d’Europe centrale, a vu s’installer il y a des milliers d’années une population de l’âge du bronze qui a bâti une société complexe et influente, dont l’existence a perduré pendant des siècles avant de disparaître mystérieusement vers 1600 avant JC. Les sites antiques examinés par les experts révèlent des indices d’une diminution de la population sur plusieurs décennies, laissant supposer un « effondrement régional » et une « fin relativement brutale » de cet ordre social préhistorique.

Crédit photo © Molloy B, Jovanovic D, Bruyere C, Estanqueiro M, Birclin M. Milasinovic L, et al. (2023)
UNE NOUVELLE ÉTUDE
Cependant, une nouvelle étude publiée dans PLOS One https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0288750 suggère une toute autre trajectoire : une augmentation en termes d’échelle, de complexité et de densité des systèmes de population, ainsi qu’une intensification des réseaux de communication à longue distance. Au lieu de disparaître, les anciens habitants de la région ont su s’adapter.
Barry Molloy, chercheur principal de l’University College Dublin, qualifie cette découverte de « chaîne manquante » dans notre compréhension de l’histoire européenne de la fin du deuxième millénaire avant notre ère.
“Nous savions que les sociétés européennes de cette époque interagissaient à l’échelle continentale, et nous savions que les matériaux et les symboles de cette région avaient une influence en Europe, mais nous n’avions pas encore identifié une société aussi sophistiquée capable d’ alimenter ces réseaux de communication. Cette découverte change la donne.”
Les chercheurs ont identifié pas moins de 100 nouveaux sites préhistoriques dans le bassin pannonien, couvrant une superficie de 8 000 kilomètres carrés, en utilisant une combinaison d’images satellites de Google Maps, de données du satellite Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne, ainsi que des investigations sur le terrain et des fouilles de petite envergure. Contrairement aux « mégaforts » répertoriés précédemment, le bon nombre de ces colonies sont de taille plus modeste.
L’étude révèle des indices suggérant que ces petites colonies ont émergé à partir de centres anciens abandonnés, marquant ainsi un passage d’un modèle de peuplement « intensif » à un modèle « extensif ». La difficulté à repérer ces sites jusqu’à présent réside dans le fait qu’ils étaient souvent constitués de colonies entourées de fossés plutôt que de remparts, ce qui complique leur identification de nos jours. Les auteurs de l’étude insistent sur le fait que les changements climatiques ont été un contexte, mais non une cause, des transformations sociales, soulignant que ce qui s’est effondré, ce sont les régimes politiques et idéologiques, ainsi que la participation généralisée. à ceux-ci.
UNE SOCIÉTÉ COMPLEXE
Bien que de nombreux aspects de la culture de cette civilisation préhistorique soient maintenus, l’étude met en lumière la façon dont ils s’agencent pour révéler une société complexe et bien structurée. Barry Molloy explique que l’une des découvertes fascinantes concerne la réduction des hiérarchies au sein de cette société. Bien que certains sites aient été plus vastes que d’autres, présentant des signes de gestion par un groupe restreint, les sépultures révèlent une égalité relative dans le traitement des individus, avec peu d’objets prestigieux, tels que des métaux, placés dans les tombes. En somme, cette société avait une structure politique complexe, cherchant toutefois à minimiser les divisions au niveau idéologique.
De plus, le grand nombre de colonies découvertes dans la région suggère qu’elles étaient interconnectées et partageaient des ressources, ce qui indique l’existence d’entités politiques relativement vastes et bien organisées.
Le travail de l’équipe est loin d’être achevé. Barry Molloy a annoncé qu’ils pourraient retourner sur les sites du bassin pannonien pour mener des fouilles approfondies et publier davantage de données géophysiques et d’analyses. Cette découverte rappelle que l’histoire humaine est riche en diverses formes de complexité, et que même si les systèmes urbains semblent plus familiers dans notre monde moderne, le passé regorge d’autres exemples de gestion de sociétés densément peuplées.





