Une étude chinoise remet la face cachée de la Lune au cœur des spéculations. Il y a deux ans, Chang’e-6, mission lunaire historique, revenait sur Terre avec plus de deux kilos d’échantillons du bassin Pôle Sud-Aitken, sur l’hémisphère invisible depuis notre planète. Un exploit scientifique qui, aujourd’hui, révèle une piste nouvelle : la chaleur. Une source thermique intense, dépassant les 2 500 °C, pourrait expliquer pourquoi la Lune présente deux visages si dissemblables.
Des isotopes lourds de potassium, bien plus lourds que ceux détectés côté visible, ont été identifiés dans ces fragments lunaires. Un indice crucial. Les isotopes plus légers s’évaporent vite lorsqu’ils sont chauffés. Ce qui reste dans la roche dit quelque chose de ce qu’elle a vécu. Là, le message est clair : il s’est passé quelque chose de brûlant, littéralement. Probablement au moment de l’impact gigantesque qui aurait creusé le bassin Pôle Sud-Aitken, il y a environ 4 milliards d’années. L’un des plus grands cratères du système solaire, tout de même.
L’ÉNIGME DE L’ASYMÉTRIE LUNAIRE
Depuis longtemps, l’asymétrie lunaire intrigue. Des mers et des bassins d’un côté, rien ou presque de l’autre. Une croûte fine d’un côté, épaisse ailleurs. Des hypothèses ont circulé, allant jusqu’à évoquer deux Lunes, ou la collision d’un embryon planétaire. D’autres ont parlé d’une cristallisation inégale du magma originel. Mais là, pour la première fois, l’analyse de matière venue de l’autre côté offre une piste tangible. Les chercheurs du Key Laboratory of Planetary Science and Frontier Technology de Pékin avancent prudemment mais avec conviction : un choc ancien aurait modifié profondément le manteau lunaire.

Les deux faces de la Lune Crédit adobe stock
Dans la revue PNAS, la publication du 12 janvier 2026 vient poser ça là, noir sur blanc. La face cachée de la Lune pourrait bien avoir été façonnée par un cataclysme thermique. Un épisode violent, isolé, mais suffisant pour déséquilibrer l’ensemble. Et ce déséquilibre, c’est ce que nous voyons encore aujourd’hui. Ce que nos télescopes observent. Ce que les sondes photographient. Ce que les roches révèlent. Un fantôme de chaleur figé dans la pierre.
UN RÉCIT LUNAIRE À POURSUIVRE
Mais il manque encore des pièces. Il faudra d’autres échantillons. D’autres voyages. Peut-être d’autres nations pour aller creuser plus loin, plus profondément, plus audacieusement. Car ce que Chang’e-6 a rapporté n’est peut-être qu’un fragment d’un récit bien plus vaste. Et dans ce récit, il se pourrait que la Lune ne soit pas ce simple satellite rond et silencieux que l’on croit connaître. Il se pourrait qu’elle soit le vestige d’un drame ancien, d’un feu oublié, d’une lutte cosmique dont elle porte encore les stigmates. Lisse d’un côté, cabossée de l’autre. Comme un rappel permanent. Un avertissement. Ou un message. Pour ne rien manquer de l’actualité de l’espace inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Sciencepost – photo home page @btlv via adobe stock)







