Depuis plus d’un siècle, les promeneurs de Falicon lèvent les yeux vers cette anomalie topographique, enchâssée dans la roche au-dessus de la grotte Ratapignata au nord de Nice Une pyramide. Ni monument officiel, ni ruine antique, ni œuvre d’art déclarée.
Les rumeurs ont circulé. Les hypothèses ont proliféré. Certains y ont vu une construction romaine oubliée, d’autres un repère pour initiés, temple maçonnique ou vestige d’un culte solaire préchrétien. Les plus mystiques y projetaient des rites païens, des vortex énergétiques, des cartes étoilées dont la clef se serait perdue. On parlait d’un axe tellurique, de correspondances cachées, de coordonnées magiques. Et la pyramide, immobile, laissait dire. Elle offrait sa géométrie muette à tous les récits.
Mais voilà qu’un manuscrit, endormi depuis deux siècles dans une bibliothèque de Turin, a choisi de se montrer. Un document daté de 1812, signé par un sénateur niçois, membre d’une lignée noble, témoin et acteur d’une époque où les élites s’intéressaient tout autant aux lois physiques qu’aux mystères de l’âme. Ce texte ne parle pas en paraboles. Il raconte. Il nomme. Il décrit. Il évoque un terrain, une grotte, un homme. Le propriétaire du lieu au tournant du XIXe siècle. Un banquier venu de Turin, franc-maçon, cultivé, discret. C’est lui qui fit ériger la pyramide, là, juste au-dessus de la cavité. Avec une volonté précise, posée sur un point exact du relief, pour des raisons que le manuscrit n’explicite pas toujours, mais dont le contexte éclaire le sens.
L’ENQUÊTE SCIENTIFIQUE
Pierre Bény, chercheur méthodique et infatigable, figure de l’Institut de Préhistoire et d’Archéologie des Alpes-Maritimes, n’a pas seulement trouvé une archive. Il a ouvert un passage. Il a recoupé, vérifié, fouillé. Ce manuscrit, jusque-là inconnu du grand public, corrobore les indices recueillis sur le terrain depuis des décennies. La forme de la pyramide, son orientation, la qualité de ses pierres, son positionnement par rapport à la grotte et au paysage environnant : rien n’est laissé au hasard. Ce n’est ni un décor, ni un hasard géologique, ni une coïncidence poétique. C’est un signal. Mais un signal pour qui ?

Pyramide de Falicon – Crédit : adobe stock
La grotte elle-même, la fameuse Ratapignata littéralement « chauve-souris » en nissart a nourri sa part d’histoires. Souterraine, profonde, labyrinthique, elle attire depuis longtemps les curieux, les explorateurs, les amateurs d’invisible. Certains y ont vécu des expériences étranges, d’autres ont rapporté des modifications sensorielles, comme si la roche elle-même s’imprégnait de ce que l’on y cherche. Le fait que la pyramide ait été construite juste au-dessus ne peut plus être interprété comme une simple coïncidence architecturale.
Ce que révèle ce manuscrit n’efface pas le mystère. Il le déplace. Il le précise. Il donne un nom au commanditaire, une date à la construction, une provenance au projet. Mais il laisse intacte la sensation d’étrangeté qui entoure encore le lieu. Pourquoi un banquier turinois franc-maçon, au début du XIXe siècle, aurait-il décidé d’ériger une pyramide au-dessus d’une grotte isolée, loin des regards, sans déclaration, sans trace dans les registres officiels ? Que savait-il, que cherchait-il, que laissait-il en héritage dans cette forme géométrique taillée dans la pierre ? C’est là que l’on constate que même les énigmes résolues conservent une part de mystère. Il reste cette impression, que même les mystères documentés gardent une part d’ombre. Pour ne rien manquer de notre actualité, inscrivez-vous à la newsletter btlv
François Deymier (rédaction btlv source Nice-Matin – photo home page @btlv via adobe stock)







