Cosmos : et si des astéroïdes devenaient nos taxis pour Mars ou Vénus ?

7 avril 2026

Des chercheurs ukrainiens avancent une idée qui, à première vue, tient presque du pari : utiliser des astéroïdes comme relais pour voyager vers Mars sans embarquer des tonnes de carburant. L’hypothèse circule dans une prépublication publiée sur ArXiv, encore sans validation par les pairs, mais suffisamment intrigante pour être étudiée.

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Le principe n’a rien de spectaculaire sur le papier. Il l’est beaucoup plus dès qu’on s’y attarde. Plutôt que de viser une trajectoire directe, lourde, coûteuse, il s’agirait de rejoindre un astéroïde au passage, profiter de sa vitesse, de sa route, puis le quitter au bon moment. Une mécanique de précision, presque opportuniste, où l’on cesse de lutter contre l’espace pour commencer à se servir de lui.

UNE AUTRE FAÇON DE PENSER LE VOYAGE

Derrière cette idée, il faut garder en mémoire, Mars reste très loin. En moyenne 225 millions de kilomètres. Une distance qui transforme chaque kilo embarqué en problème. Eau, nourriture, carburant, tout s’accumule, tout pèse, tout complique. Depuis des années, agences et ingénieurs cherchent à alléger l’équation sans jamais vraiment la résoudre.

Les deux chercheurs de l’université Taras-Chevtchenko de Kiev ont choisi une autre porte d’entrée. Plutôt que d’optimiser les fusées, regarder ce qui circule déjà. Ils ont passé en revue près de 35 000 astéroïdes proches de la Terre, traquant ceux dont les trajectoires croisent, ou frôlent, celles des planètes internes. Une sorte de tri patient, presque cartographique, pour repérer des opportunités dans ce ballet discret.

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Au bout de cette sélection, environ 120 candidats jugés exploitables sur une période allant de 2020 à 2120. Des objets capables, sur le papier, d’offrir des enchaînements Terre-Mars ou Terre-Vénus. Il ne s’agit pas d’un voyage direct, ce qui n’est pas possible, mais avec suffisamment de cohérence pour imaginer un trajet fractionné, presque rythmé par des correspondances.

Ce qui frappe, c’est la durée évoquée pour certains parcours : six mois, cent quatre-vingts jours. À l’échelle des voyages interplanétaires, cela change tout. Moins de temps à bord, c’est moins d’exposition aux radiations, moins de muscles qui fondent. Le corps humain, déjà malmené en microgravité, y trouverait un répit relatif.

UNE CARTOGRAPHIE ENCORE THÉORIQUE

L’idée dessine en creux une autre manière de penser le voyage spatial. Non plus comme une ligne tendue entre deux points, mais comme un réseau mouvant, fait de détours, d’attentes, de synchronisations. Terre vers Mars, Mars vers Vénus, puis retour. Une grille de passages qui n’appartient pas aux ingénieurs mais aux orbites elles-mêmes.

Reste que tout cela, pour l’instant, tient davantage de la trajectoire idéale que du projet prêt à décoller. Rien ou presque sur la manière d’aborder un astéroïde, de s’y arrimer, d’en repartir sans dériver. Chaque étape ouvre une série de défis techniques vertigineux. Il ne suffit pas de croiser un rocher spatial pour en faire un véhicule.

La proposition n’en est pas moins stimulante. Elle déplace légèrement le centre de gravité des réflexions, comme si la solution ne se trouvait pas uniquement dans la puissance des moteurs, mais dans une forme d’alignement avec ce qui existe déjà. Dans l’espace, après tout, tout est mouvement. Reste à apprendre à s’y glisser sans le contrarier. Pour ne rien manquer de l’actualité de BTLV : inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source arxiv.org– photo home page @btlv via adobe stock)

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