À 400 kilomètres au-dessus du sol, dans l’orbite silencieuse de la Station spatiale internationale, les virus semblent perdre leurs réflexes terrestres. Là-haut, rien ne pèse, pas même les certitudes scientifiques. D’une collaboration entre la NASA et Roscosmos est née une observation troublante : les bactériophages, ces virus connus pour infecter les bactéries, ne réagissent plus de la même manière une fois arrachés à la gravité. Les résultats, publiés dans “PLOS Biology”, esquissent un tableau inattendu.
En microgravité, face à E. coli, les interactions se déforment, les mécanismes habituels cessent d’être prévisibles. Tout devient plus instable, moins lisible, comme si l’absence de poids forçait le vivant à sortir de ses automatismes. En apesanteur, les repères biologiques se distendent, perdent leur netteté habituelle. Les bactériophages ne sont plus simplement des agents d’infection obéissant à des règles connues : placés face à E. coli dans cet environnement sans gravité, ils entrent dans une dynamique différente, moins prévisible. Les chercheurs ont observé cette rencontre en microgravité comme on regarde un système familier se dérégler lentement, révélant des comportements que les conditions terrestres n’auraient jamais laissés émerger.
L’ESPACE COMME SOURCE D’INNOVATION THÉRAPEUTIQUE
Au départ, rien de spectaculaire. L’infection progresse lentement, comme freinée par l’absence d’échange thermique, par des rencontres moins fréquentes entre les particules. Puis, avec le temps, quelque chose se déplace. Les virus changent. Pas de manière visible, pas immédiatement, mais dans leurs structures, dans les protéines qui leur permettent de s’accrocher aux cellules. Certaines mutations apparaissent, absentes des cultures maintenues au sol. En face, les bactéries ne restent pas passives. Elles ajustent leurs défenses, modifient leurs propres mécanismes de résistance, comme si l’équilibre habituel était soudain rompu.
Lorsque ces virus ayant séjourné dans l’espace sont ramenés sur Terre et testés à nouveau, le résultat surprend. Certains parviennent à infecter des souches bactériennes réputées difficiles à neutraliser, notamment celles impliquées dans des infections humaines résistantes aux traitements classiques. Rien d’une menace incontrôlable, plutôt le signe qu’un environnement radicalement différent peut orienter l’évolution biologique vers des chemins rarement explorés en laboratoire. La microgravité n’invente pas de nouvelles lois, elle déplace simplement les contraintes, et ce déplacement suffit à produire des variations inattendues.
Ces observations ne relèvent pas de la curiosité anecdotique. Elles suggèrent que l’espace pourrait devenir un terrain d’expérimentation pour comprendre autrement la relation entre virus et bactéries, voire pour imaginer de nouvelles stratégies face à l’antibiorésistance. Les perspectives restent prudentes, freinées par la complexité logistique et le coût de telles recherches. Mais une question demeure, plus large, presque inévitable : si des micro-organismes changent ainsi dès que la gravité disparaît, que se passera-t-il lors de missions de longue durée, loin de la Terre, là où la biologie humaine elle-même devra composer avec ces mêmes conditions altérées. Pour ne rien manquer de l’actualité à l’espace inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Science Daily – photo home page @btlv via adobe stock)








