Le calendrier semblait déjà tendu, il devient de plus en plus difficile à tenir. À quelques années d’un retour annoncé sur la Lune, un élément aussi essentiel qu’une combinaison spatiale pourrait tout faire reporter. Hélas ce n’est pas un détail technique, mais un élément indispensable, celui qui permet tout simplement, de poser un pied sur le sol lunaire.
En 2022, NASA lance le programme xEVAS (Exploration Extravehicular Activity Services), dont le but est de moderniser les équipements extravéhiculaires. Deux axes : des combinaisons pour l’orbite et d’autres pour la surface lunaire. Sur le papier, une organisation claire, deux industriels, un calendrier aligné sur les ambitions d’Artémis.
Puis le premier grain de sable. Collins Aerospace se retire en 2024, incapable de tenir les délais. Il ne reste qu’Axiom Space, seule en piste, mais sans expérience préalable dans la conception de combinaisons spatiales complètes.
Le rapport du Bureau de l’Inspecteur général publié le 21 avril 2026 ne laisse guère de place au doute : les échéances étaient irréalistes dès le départ. Les premières combinaisons de démonstration n’apparaîtraient pas avant 2031. Trois ans trop tard pour une mission comme Artemis program, dont la phase clé, Artemis IV repose précisément sur cette capacité à déambuler sur le sol lunaire.
DES CHOIX CONTRACTUELS QUI SE RETOURNENT
Le problème ne se limite pas à un retard industriel. Il s’enracine dans la structure même du programme. La NASA a privilégié des contrats à prix fixe, transférant le risque aux entreprises. Une logique efficace pour des systèmes matures, beaucoup moins pour des technologies encore en développement.
Résultat : les imprévus ne sont pas absorbés, ils bloquent. À cela s’ajoute un défaut plus discret, mais potentiellement critique : l’absence de standardisation. La combinaison développée par Axiom Space n’utilise pas les connecteurs prévus dans les spécifications initiales. En parallèle, Blue Origin, engagé sur l’atterrisseur lunaire, a suivi ces standards. Deux systèmes qui ne parlent pas le même langage.
Adapter l’un à l’autre ne relève plus de l’ajustement, mais de la reconfiguration lourde, coûteuse, et surtout chronophage. Dans un programme déjà sous pression, chaque mois compte.
DES SOLUTIONS DE SECOURS… ET DES INCERTITUDES
La NASA n’est pas sans ressources. D’autres acteurs sont déjà en embuscade : SpaceX, Genesis Engineering Solutions ou encore ILC Dover travaillent sur des alternatives dans le cadre de xEVAS. Des pistes crédibles, mais qui demanderaient, elles aussi, du temps.
En dernier recours, l’agence pourrait revenir à ses anciennes combinaisons. Une solution fonctionnelle en orbite, beaucoup moins adaptée aux contraintes lunaires : poussière abrasive, variations thermiques extrêmes, mobilité réduite.
Et ce n’est qu’un front parmi d’autres. Les atterrisseurs développés par SpaceX et Blue Origin font eux aussi l’objet de réserves techniques, relevées dans un rapport distinct publié en mars 2026. Le programme Artémis avance, mais sur une ligne semée d’embuches.
Ce qui devait être une démonstration de maîtrise technologique devient une équation presque insoluble. Non pas un abandon, mais une trajectoire qui pourrait glisser. Lentement, sans rupture nette, juste assez pour repousser l’échéance, encore une fois et certainement pas la dernière. Pour ne rien manquer de l’actualité de l’espace inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Science&vie – photo home page @btlv via adobe stock)







