Bien avant que les premières forêts ne dictent leur loi au paysage, la Terre appartenait à des colosses absurdes, des structures qui semblent tout droit sorties d’un récit de science-fiction ou d’une dimension parallèle. Imaginez un monde plat, une étendue de mousses et de lichens ne dépassant pas la cheville, où surgissaient soudain des piliers de huit mètres de haut. Pas de branches, pas de feuilles, aucune fleur. Juste des colonnes solitaires, monolithiques, dressées vers un ciel vide comme les totems d’une civilisation biologique oubliée.
Ces spectres du passé, les Prototaxites, se moquent des classifications académiques depuis leur mise au jour au XIXᵉ siècle. Le géologue John William Dawson, en les découvrant en 1859, a cru voir des ancêtres d’ifs d’où leur nom, resté par erreur. Puis, pour rassurer l’esprit humain qui a horreur du vide, on a décrété qu’il s’agissait de champignons démesurés. Mais plus on gratte la roche, plus l’explication confortable s’effondre, laissant place à une réalité bien plus dérangeante : nous n’avons aucune idée de ce qu’ils étaient vraiment.
Une étude récente, menée par Corentin Loron à l’université d’Édimbourg, vient de jeter un froid polaire sur l’hypothèse fongique. Certes, ces géants sont faits de tubes, mais ces derniers s’entremêlent dans un chaos organique qui n’a rien à voir avec la rigueur des filaments d’un champignon classique. Plus troublant encore pour les tenants de la science officielle : là où les champignons de l’époque ont laissé des traces indélébiles de chitine dans la pierre, les Prototaxites restent désespérément muets. Pas une molécule de ce composant essentiel n’a été retrouvée. À la place, les analyses révèlent des substances proches de la lignine, ce polymère qui permet aux arbres de tenir debout, alors même que ces créatures n’étaient pas des plantes.
UNE LIGNÉE PERDUE, L’EXPÉRIENCE MYSTÉRIEUSE DE LA NATURE
On se retrouve face à un véritable « bug » dans la matrice de l’évolution. Ces structures représentent une architecture du vivant qui a tenté sa chance, a dominé le paysage terrestre pendant des dizaines de millions d’années, puis s’est éteinte sans laisser d’héritiers. C’est une impasse évolutive totale. Ces colosses puisaient probablement leur énergie dans la décomposition, jouant les éboueurs titanesques dans un écosystème miniature, mais leur gigantisme demeure une énigme énergétique. Dans un monde où la nourriture organique était rare et la végétation rasante, comment de telles masses pouvaient-elles subvenir à leurs besoins ?
Certains chercheurs, comme Kevin Boyce de Stanford, commencent à admettre l’impensable : les Prototaxites pourraient être une expérience de multicellularité radicalement différente, une branche du vivant totalement inconnue, un règne “X” aujourd’hui disparu. Cela nous rappelle avec force que l’histoire de notre planète n’est pas une ligne droite et rassurante, mais un immense cimetière de formes de vie étranges, presque extraterrestres dans leur conception, dont nous avons perdu le mode d’emploi. Et si la vie, sur Terre, avait déjà testé des modèles biologiques que notre science actuelle est encore incapable de concevoir ? Pour ne rien manquer de l’actualité liée à l’origine de la vie, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Futura – photo home page @btlv) via IA







