26 avril 2022 – Saint Sisoës est une énigme pour l’archéologie classique et byzantine. Des spécialistes tentent d’interpréter le symbolisme des hagiographies (ndlr : Biographie d’un Saint) dont les premières remontent au XIVe siècle après JC et aussi de répondre de manière convaincante à la question : Saint Sisoës a-t-il vraiment vu le tombeau d’Alexandre le Grand ?
Serait-ce une des raisons qui font que le saint de l’Église chrétienne orthodoxe, l’ermite, le moine du désert Sisoës, soit représenté depuis des centaines d’années dans des hagiographies sur la tombe ouverte d’Alexandre le Grand ?
DÉCOUVERT PAR UN GREC
Dans sa longue lettre intitulée “Le tombeau d’Alexandre le Grand dans l’hagiographie chrétienne”, M. Sotiris Athanaselis, professeur de toxicologie à la faculté de médecine de l’université d’Athènes écrit :
« Dès ma première visite dans cette église incroyablement hagiographisée, j’ai été frappé par une fresque-hagiographie de Saint Sisoës qui se trouve devant le tombeau ouvert d’Alexandre le Grand et qui s’exclame :
« En voyant ta tombe, je suis terrifié et effrayé à ta vue et je verse toutes les larmes de mon cœur, en me rappelant la dette que tous les gens doivent payer par la mort, alors je souffrirai aussi d’une telle fin. Oh, mort, qui peut t’éviter ? »”.

Saint Sisoës devant le tombeau d’Alexandre Le Grand
Devant une telle représentation, Sotiris Athanaselis ne put s’empêcher de s’interroger :
« Cette scène, telle que représentée dans la peinture murale (ci-dessus), en plus de l’impression qu’elle m’a causée, a également provoquée des questions sur lesquelles j’ai essayé d’enquêter avec un succès relatif, je l’avoue, puisque tout le sujet n’a rien à voir avec mon métier ».
Les disciples de Saint Sisoës, qui sont considérés comme les premiers à avoir représenté la scène concernée, la décrivent comme suit :
« Sisoës le Grand dans l’ascèse devant la tombe d’Alexandre le Grand, effrayé par le passé glorieux, triste de l’agitation du temps et de la gloire temporaire, voici qu’il pleure ».
QUI ÉTAIT SAINT SISOËS ?
Saint Sisoës le Grand est né en 367 et mort en 429 après JC. Père du désert chrétien primitif, il était un moine solitaire poursuivant l’ascèse (ndlr : cherchant la perfection du corps et de l’esprit) dans le désert égyptien dans la grotte de son prédécesseur, Saint Antoine le Grand.
Célébrée par les orthodoxes le 6 juillet, il appartient à la première génération de grands ermites qui ont suivi Antoine le Grand. Dans les textes ascétiques et hagiologiques, il est caractérisé comme ‘ Osios (= saint, moine) Sisois’ ou ‘Abbas (= père) Sisoi’.
Copte de naissance, Sisoës s’est coupé du monde dès sa jeunesse, et se retira dans le désert de Sceté, pour vivre quelque temps sous la direction de son maître, Abba Or. Toutefois, le désir de trouver une retraite encore moins fréquentée le poussa à traverser le Nil et à se cacher dans la montagne où saint Antoine le Grand mourut quelque temps auparavant.

Saint Sisoës devant le tombeau d’Alexandre Le Grand
UNE RELIQUE PARFAITEMENT CONSERVÉE ET DES MIRACLES
C’est dans le monastère d’Abba Sisoi, dans la vallée de Nitria dans la région de Wadi el Natroun en Égypte que se trouve l’un des anciens monastères de Scete, berceau du monachisme chrétien. En activité depuis le 4e siècle après J-C, le monastère détient la relique de Saint Sisoës qui serait parfaitement conservée sur un drap rouge.
Véritable icône, Saint Sisoës, d’après les moines, accomplirait des miracles pour les vrais croyants. Considéré comme l’un des saints les plus importants des chrétiens coptes en Égypte, on date ses premières représentations au XVIe siècle. Sur chacune d’elle, il est décrit comme un ancien respecté.
POURQUOI DEVANT LA TOMBE D’ALEXANDRE LE GRAND ?
Saint Sisoës est toujours représenté, dans toutes les hagiographies que l’on trouve dans de nombreux endroits en Grèce, à côté du tombeau d’Alexandre le Grand, réfléchissant à l’inutilité de la vie et à l’inévitabilité de la mort. Des représentations qui poussent les archéologues, les théologiens et les historiens à se poser cette question : pourquoi Alexandre le Grand et pas quelqu’un d’autre ?
Une autre hagiographie, celle d’Agios Ioannis le Théologien du monastère de Panagia Mavriotissa est particulièrement importante. On peut y voir Saint Sisoës devant une tombe ouverte, avec le squelette d’Alexandre le Grand, et deux autres squelettes.

Monastère de Panagia Mavriotissa /@Wikicommons
Dans l’hagiographie du village de Koukouli en Grèce, une chose diffère de façon unique par rapport aux autres hagiographies, sur la tête du squelette d’Alexandre le Grand il y a une couronne d’or.
OÙ SE TROUVE LE TOMBEAU D’ALEXANDRE LE GRAND ?
Dorothée, évêque de Tyr (255-362 après J.-C.), à son retour d’exil au cours duquel il avait travaillé comme esclave dans les mines de l’oasis de Sion en Égypte, déclara que ses habitants étaient des païens et adoraient le dieu égyptien Ammon, mais aussi Alexandre le Grand qui y fut enterré.
Depuis des siècles les discussions sont souvent animées quand il s’agit de localiser la tombe d’Alexandre Le Grand. Avec toutes les représentations de Saint Sisoës, devant ce tombeau, certains avancent l’idée qu’il doit être là où le moine se trouvait.
Saint Sisoës avait-il trouvé le tombeau d’Alexandre le Grand ? L’hagiographie montre -t-elle un événement réel ? Si les historiens arrivent à retracer les itinéraires exacts de Saint Sisoës, peut-être arriveront-ils à retrouver le légendaire tombeau d’Alexandre le Grand.
La question est de savoir si sa représentation doit être prise comme « littérale » ou de façon symbolique ? On se doute que tous les spécialistes tentent de répondre à cette question.
Bob Bellanca (rédaction btlv.fr Source The Archeologist)





