Astronomie : une comète défie les lois connues en inversant sa rotation

3 avril 2026

On pensait tout connaitre des comètes, au moins de leurs caprices les plus spectaculaires. Et puis il y a 41P. Une petite comète discrète, familière des astronomes, revenue comme prévu dans le voisinage du Soleil… sauf qu’elle n’a pas tout à fait joué le jeu.

Au départ, rien d’anormal, un noyau sombre, un peu irrégulier, chauffé progressivement à mesure qu’il s’approche de notre étoile. La glace se met à se sublimer, des jets de gaz s’échappent, entraînant poussières et fragments dans le vide. La mécanique classique décrite depuis des décennies, fidèle à l’intuition de Fred Whipple et à sa fameuse  théorie du « conglomérat glacé » sur la composition des comètes.  Mais cette fois, quelque chose d’inexplicable c’est produit.

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En 2017, les instruments du satellite Swift observent un ralentissement brutal. La comète tourne encore, mais plus lentement, beaucoup plus lentement — trois fois moins vite en l’espace de quelques semaines. Un changement déjà inhabituel, presque excessif à cette échelle. Comme si les jets, au lieu d’accompagner le mouvement, commençaient à le freiner.

L’INVERSION QUI DÉRANGE

Puis viennent les images de Hubble, analysées bien plus tard, exhumées des archives où s’accumulent des décennies d’observations. Et là, le constat devient dérangeant. Ce n’est pas seulement une rotation qui s’essouffle. C’est une rotation qui bascule. La comète ne se contente plus de ralentir : elle repart dans l’autre sens.

On imagine mal ce que cela signifie à cette échelle. Un objet d’à peine un kilomètre de diamètre trois fois la tour Eiffel dont la dynamique interne se dérègle au point d’inverser son mouvement. Pas de choc, pas de collision, juste une série de dégazages mal répartis, comme autant de micro propulseurs anarchiques. Une poussée ici, une autre ailleurs, jamais parfaitement équilibrées. Et peu à peu, le système cède.

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David Jewitt, qui signe l’étude, décrit un mécanisme presque banal dans son principe : des jets de gaz qui modifient la rotation. Sauf qu’ici, tout s’emballe. Trop de jets, mal orientés, sur un corps trop petit pour encaisser. La physique fait le reste, sans brutalité apparente, mais avec une efficacité implacable.

Ce genre d’objet n’a pas beaucoup de marge. Sa taille le condamne presque. À force de subir ces accélérations et ces freinages, la structure interne se fragilise. Si la rotation s’emballe à nouveau, la force centrifuge pourrait suffire à le disloquer. Littéralement. La comète se fissure, se fragmente, se disperse.

UNE FIN PROBABLEMENT INÉVITABLE

Ce qui intrigue, au fond, ce n’est pas seulement l’événement. C’est sa portée. Une inversion de rotation n’avait encore jamais été observée de cette manière. Comme si certaines comètes, sous l’effet du Soleil, entraient dans une phase d’instabilité bien plus radicale qu’on ne l’imaginait. Non pas des objets passifs, mais des corps capables de s’auto-déstabiliser jusqu’à disparaître.

41P continue sa trajectoire, pour l’instant. Mais son comportement laisse peu de place au doute. Ce genre de dérive ne se corrige pas. Elle s’aggrave, ou elle s’achève. Et dans ce cas précis, l’issue semble déjà écrite : une lente autodestruction, déclenchée de l’intérieur, sans bruit, sans témoin direct — sinon ces images, récupérées des années plus tard, qui racontent à retardement la fin annoncée d’un petit monde de glace. Pour ne rien manquer de l’actualité de BTLV : inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Cornell.edu– photo home page @btlv via adobe stock)

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