Neurosciences : les scientifiques sur le point de créer une forme de conscience artificielle ?

14 avril 2026

Des amas de neurones cultivés en laboratoire, posés là dans des boîtes de Petri, qui imitent certaines fonctions du cerveau humain. L’idée a de quoi intriguer, voire inquiéter. Depuis leur apparition en 2013 dans un laboratoire autrichien, ces organoïdes qu’on appelle un peu vite « mini-cerveaux » sont devenus des outils précieux pour observer ce qui, autrement, resterait hors de portée : le développement du cerveau, ses dérèglements, ses failles.

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Tout commence par une cellule, parfois une cellule de peau reprogrammée. Puis ça prolifère, s’organise, forme des millions de neurones. Pas un cerveau miniature, non plutôt une esquisse, un fragment, quelque chose d’inachevé qui rappelle vaguement une région précise, comme le thalamus, sans jamais en reproduire la complexité.

Et pourtant, les chercheurs ont franchi une étape de plus. Ils ne se contentent plus de cultiver ces structures isolées : ils les connectent. Des assemblages d’organoïdes des « assembloïdes » capables de simuler des circuits biologiques entiers. L’un des modèles les plus avancés reproduit une voie de la douleur, en reliant des structures cérébrales à une ébauche de moelle épinière. On ne parle plus seulement de cellules, mais de systèmes.

LA QUESTION DE LA CONSCIENCE RESTE HORS DE PORTÉE

À ce stade, la question surgit presque automatiquement : et la conscience, dans tout ça ? À partir de quand ces constructions pourraient-elles ressentir quelque chose, percevoir, exister d’une certaine manière ?

La réponse, pour l’instant est non, les scientifiques insistent : ces structures sont immatures, rudimentaires, privées de tout ce qui fait un cerveau fonctionnel pas de circulation sanguine, pas d’entrées sensorielles, pas d’intégration globale. Une infime fraction des neurones humains, à peine 0,002 %. On est très loin d’un esprit en formation.

Le vrai problème, au fond, c’est que personne ne sait vraiment définir la conscience. Encore moins la mesurer. On navigue à vue, avec des concepts flous et des outils limités. Difficile, dans ces conditions, de fixer une frontière nette entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est plus.

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DES FRONTIÈRES ÉTHIQUES QUI SE DÉPLACENT

Les lignes bougent ailleurs. Plus concrètement. Plus immédiatement. Par exemple lorsqu’on implante ces organoïdes dans le cerveau d’animaux vivants. Des rats, notamment. L’expérience a déjà été menée : les cellules humaines s’intègrent, influencent le fonctionnement cérébral, modifient certains comportements. On entre alors dans le domaine des chimères, et les interrogations changent de nature.

Ce n’est plus tant la conscience des organoïdes qui dérange, mais celle des animaux eux-mêmes. Leur bien-être, leur statut, la frontière déjà fragile entre l’humain et le reste du vivant. Mélanger les deux, surtout dans le cerveau, touche à quelque chose de sensible, presque instinctif.

Pendant ce temps, les comités d’éthique observent, prennent note, anticipent. Rien d’alarmant aujourd’hui, mais personne ne se risque à dire que la question ne se posera jamais. Si ces structures gagnaient en taille, en complexité, si elles venaient à s’inscrire dans un corps, dans un environnement, alors il faudrait reconsidérer beaucoup de choses.

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Difficile de freiner pour autant. L’enjeu est immense. Comprendre l’autisme, la schizophrénie, Alzheimer non pas à distance, mais directement dans des tissus humains vivants. Tester des traitements, explorer des mécanismes jusque-là invisibles. Une promesse réelle, presque tangible.

Entre fascination et prudence, la recherche avance. Lentement, mais sûrement. Et garde un œil, en permanence, sur cette ligne floue qu’elle pourrait un jour approcher sans vraiment s’en rendre compte. Pour ne rien manquer de l’actualité de BTLV : inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Popular mechanics – photo home page @btlv via adobe stock)

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