Énigme : une gigantesque structure vieille de 160 millions d’années découverte sous l’Antarctique

26 juin 2026

C’est une découverte qui force les géologues à revoir leur copie sur l’un des continents les plus mystérieux de la planète. Sous les trois kilomètres de glace de l’Antarctique de l’Est, là où l’on pensait le socle rocheux figé dans une stabilité millénaire, une équipe de chercheurs vient de mettre au jour une structure colossale dont la forme évoque une main humaine aux doigts écartés. Ce n’est pas qu’une simple curiosité topographique ; ce « secteur des bassins en éventail », comme l’ont baptisé les scientifiques dans la revue Nature Geoscience, relie plusieurs dépressions majeures, dont celles qui abritent le lac Vostok, le plus grand réservoir sous-glaciaire connu sur Terre.

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L’idée de départ était simple : en observant les données gravitationnelles, magnétiques et sismiques de la région, Egidio Armadillo, chercheur à l’Université de Gênes, et ses collègues ont remarqué que plusieurs bassins bien connus ne semblaient pas isolés. Ils rayonnent tous à partir d’un point central. Ce phénomène est le résultat d’une « extension rotationnelle distribuée ». Pour visualiser la scène, imaginez une plaque de croûte terrestre qui se déforme en pivotant autour d’un axe fixe, provoquant un étirement radial.

Les espaces situés entre ces « doigts » tectoniques sont les bassins que nous connaissons aujourd’hui. L’ampleur du phénomène est inédite à cette échelle dans la croûte continentale, offrant une nouvelle clé de lecture sur la dynamique profonde du continent glacé. Loin d’être cette masse cratonique inerte et monotone que les manuels décrivent souvent, l’Antarctique de l’Est révèle ici une activité tectonique passée d’une complexité surprenante.

UN HÉRITAGE DU DÉCHIREMENT DE GONDWANA

Il fut un temps où le monde n’était qu’un bloc, une forteresse tectonique baptisée Gondwana. L’Afrique, l’Amérique du Sud, l’Australie, l’Antarctique, l’Inde et l’Arabie y étaient soudées dans une étreinte géologique totale. Ce n’était pas seulement une curiosité géographique, mais le cœur battant de la planète, un supercontinent dont le démantèlement a redessiné la carte du vivant et des reliefs.

C’est précisément au milieu de cette dérive, alors que la croûte terrestre craquait sous l’effet de forces titanesques, que cette structure vient de faire surface, offrant une pièce maîtresse pour comprendre comment ce puzzle immense a fini par se briser. Si la datation précise reste le grand point d’interrogation de l’étude, le timing pointe vers cette ère charnière : il y a environ 180 millions d’années, le Gondwana a commencé à se fracturer.

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Le processus de « fanning » découvert par l’équipe d’Armadillo aurait pu, selon les premières modélisations, faciliter la séparation entre l’Antarctique et l’Australie, survenue il y a quelque 70 millions d’années. En fragilisant la croûte au nord de cette province, ce mécanisme aurait agi comme un levier, favorisant la déchirure continentale finale. Les ondes de choc tectoniques ont été telles qu’elles ont remodelé le paysage alentour : à l’ouest, cette extension a sans doute contribué à l’élévation des monts Gamburtsev une chaîne de montagnes dont la taille rivalise avec les Alpes, mais qui est totalement enfouie sous les glaces tandis qu’à l’est, elle a littéralement fait pivoter et fragmenter les monts Transantarctiques.

L’EAU, LA GLACE ET LES SECRETS DU SOCLE

Pourquoi s’intéresser à une structure aussi profonde et invisible ? Parce que la géologie dicte le mouvement des glaces. Armadillo insiste sur ce point : cette découverte ne clôt pas un débat, elle en ouvre un nouveau. Alors que plus de 99 % du bedrock antarctique reste dissimulé sous une épaisseur de glace abyssale, ce travail rappelle que chaque donnée satellitaire ou sismique analysée est une incursion en terre inconnue. Il ne s’agit plus de voir l’Antarctique comme un bloc monolithique, mais comme un système géologique en constante interaction avec son propre poids et son histoire tectonique. Pour les scientifiques, le défi est désormais de contraindre les phases de déformation de cet éventail géant, afin de dater avec précision le moment où cette « main » a ouvert les entrailles du continent. Pour ne rien manquer de l’actualité géologique, inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Nature géoscience – photo home page @btlv)

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