Des scientifiques ont réussi à déterminer l’âge des peintures préhistoriques en Dordogne, une région française riche en art ancien, en utilisant des méthodes avancées pour identifier la présence de carbone. C’est la première fois que cela est fait dans cette zone.
La grotte de Font-de-Gaume, située aux Eyzies et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’un des trésors de l’art préhistorique. Ses murs sont décorés de dessins et de gravures, tant géométriques que figuratives. Ces dernières illustrent une variété d’animaux, incluant de nombreux bisons, des mammouths, des cerfs, des chevaux, et même des représentations humaines stylisées. Des études antérieures avaient montré que les pigments utilisés pour ces œuvres, qui varient du noir au brun et du rouge au jaune, contenaient de l’oxyde de fer (pour les teintes rouges) et de l’oxyde de manganèse (pour les teintes noires).
Cependant, une recherche récemment publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) a mis en lumière que certains de ces dessins avaient été réalisés avec des pigments contenant du carbone, vraisemblablement du charbon de bois.
DECOUVERTE SANS PRECEDENT
C’est une découverte inédite. En effet, il est étonnant de constater qu’aucune œuvre utilisant du noir de carbone n’avait été trouvée auparavant en Dordogne, pas même dans la célèbre grotte de Lascaux, malgré que ce matériau, abondant et facilement accessible, était considéré comme l’outil le plus évident pour la peinture dans les grottes à l’époque du Paléolithique. Cette étude souligne que, contrairement aux pigments à base de fer ou de manganèse, les pigments à base de carbone peuvent être datés de manière fiable jusqu’à 50 000 ans en arrière grâce à la méthode de datation au carbone 14, qui s’appuie sur la désintégration radioactive de cet isotope.
C’est cette technique qui a permis de dater la majorité des œuvres de la grotte Chauvet, située en Ardèche, qui ont été réalisées avec du charbon de bois, à environ 36 000 ans avant notre ère. En revanche, pour la grotte de Lascaux, les datations, qui varient entre 18 000 et 15 000 ans avant le présent, ont été établies par des comparaisons de style et par l’analyse des dépôts géologiques et des objets archéologiques trouvés sur place. Pour la grotte de Font-de-Gaume, les experts en préhistoire estimaient jusqu’à récemment son âge entre 18 000 et 16 000 ans, sans preuve tangible.
MICRO-PRELEVEMENTS
En utilisant diverses méthodes d’imagerie avancées, les chercheurs ont examiné deux dessins noirs représentant un masque et un bison. Ces analyses ont d’abord montré l’absence de manganèse, suivie de la détection de carbone. Cependant, il était crucial de prouver que ce carbone était d’origine paléolithique et non pas le résultat d’une contamination ultérieure, que ce soit par des graffitis ou des torches. La grotte, découverte en 1902, est un site connu et fréquenté depuis plus de 120 ans, comme l’indique Ina Reiche, physico-chimiste spécialisée dans le patrimoine culturel, dans une interview avec l’AFP.
L’imagerie hyperspectrale a joué un rôle clé dans cette démonstration. Cette technique, qui analyse la couleur de chaque point pour en déduire la composition chimique des éléments colorés, a été essentielle. La responsable de recherche au CNRS, travaillant au Laboratoire de développement instrumental et de méthodologies innovantes pour les biens culturels (Chimie ParisTech-PSL/ CNRS/Ministère de la Culture), a souligné l’importance de cette méthode : “C’est très convaincant, car on voit que le trait a été entièrement fait avec le carbone“.
Cette découverte a été déterminante pour justifier des prélèvements microscopiques en vue d’une datation au carbone 14. Concernant la datation, le bison aurait été peint entre 13.461 et 13.162 ans avant le présent (CalBP), après ajustement des données (CalBP, le présent étant conventionnellement fixé à 1950). La datation du masque a révélé que la lèvre supérieure et inférieure avaient respectivement entre 15.981 et 15.121 CalBP et entre 15.297 et 14.246 CalBP.
Ces âges sont légèrement plus récents que ceux estimés d’après le style. En revanche, l’œil gauche du masque semble plus récent, datant de 8.993 à 8.590 CalBP. Cette divergence pourrait s’expliquer par une retouche ultérieure, intégrant du carbone moderne avec le pigment préhistorique d’origine. Ina Reiche a précisé que “même une petite quantité de 5% de carbone moderne peut rajeunir la date d’un échantillon de 1000 ans“. Pour ne rien manquer de l’actualité liée au grandes découvertes, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Valentin Rican (rédaction @btlv source AFP – photo home page @btlv via adobe stock)








