Suaire de Turin : une étude propose une nouvelle hypothèse

4 août 2025

Une modélisation numérique remet en question l’origine supposée du Linceul de Turin, considéré par certains comme le linceul funéraire du Christ. L’image ne serait pas celle d’un corps réel, mais d’un bas-relief, selon le chercheur brésilien Cicero Moraes.

Depuis des siècles, le Suaire de Turin fascine croyants et chercheurs. Vénéré comme le linge ayant enveloppé le corps de Jésus après la crucifixion, ce tissu de lin portant l’empreinte d’un homme supplicié fait l’objet de multiples débats. Une nouvelle étude publiée le 28 juillet dans la revue “Archaeometry” relance la controverse en suggérant que le Suaire n’a pas été déposé sur un corps humain, mais sur une sculpture en bas-relief.

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Cicero Moraes, designer numérique spécialisé dans les reconstructions faciales historiques, a eu recours à un logiciel de modélisation pour confronter deux hypothèses : celle d’un tissu posé sur un corps tridimensionnel, et celle d’un tissu déposé sur une sculpture plate, à faible relief. « L’image du Suaire de Turin correspond davantage à une matrice en bas-relief », explique Moraes. « Une telle matrice aurait pu être en bois, en pierre ou en métal, pigmentée ou chauffée uniquement dans les zones de contact. »

Les simulations ont révélé que le drapage du tissu sur une sculpture en bas-relief produit une image quasi identique à celle du Suaire, contrairement au tissu appliqué sur un corps humain, qui génère des distorsions notables. Cette distorsion, connue sous le nom d’effet “masque d’Agamemnon”, survient lorsque l’image d’un objet en trois dimensions est transposée sur une surface plane, créant un élargissement artificiel de l’image.

Moraes a illustré ce phénomène dans une vidéo où il peint son visage, le recouvre d’une serviette en papier et compare le résultat avec une vue frontale réelle. Le contraste est net : le volume du corps induit des altérations que l’on ne retrouve pas sur le Suaire.

Mentionné pour la première fois à la fin du XIVe siècle, le Suaire a été daté par carbone 14 en 1989 entre 1260 et 1390 ap. J.-C., période correspondant à la prolifération d’œuvres d’art religieuses en Europe. Moraes note que les sculptures en bas-relief de saints ou de figures chrétiennes étaient alors omniprésentes, notamment sur les pierres tombales. « Il est plausible de considérer que des artistes ou des sculpteurs dotés de connaissances suffisantes auraient pu créer une telle pièce, soit par la peinture, soit par le bas-relief », précise Moraes.

L’auteur ne se prononce pas sur les matériaux ou techniques utilisés, mais suggère que l’œuvre pourrait relever d’un usage liturgique ou artistique, plus que d’un artefact funéraire ayant contenu un corps.

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Si l’étude est saluée pour la clarté de ses visuels, son impact scientifique divise. Pour Andrea Nicolotti, professeur d’histoire du christianisme à l’université de Turin et spécialiste du Suaire, les résultats de Moraes n’apportent rien de fondamentalement nouveau. « Depuis au moins quatre siècles, nous savons que l’image du corps sur le Linceul est comparable à une projection orthogonale sur un plan, qui n’aurait certainement pas pu être créée par contact avec un corps tridimensionnel », écrit Nicolotti dans la revue Skeptic.

Il concède néanmoins que Moraes « a créé de belles images à l’aide de logiciels », tout en rappelant que les conclusions sur l’origine médiévale du Suaire sont déjà largement étayées.

Malgré les critiques, l’étude de Moraes illustre le rôle croissant des outils numériques dans l’analyse des artefacts historiques. En croisant simulation 3D, observation photographique et savoir artistique, le chercheur propose une méthode accessible, reproductible et potentiellement applicable à d’autres énigmes du passé.« Mon travail montre que la science, l’art et la technologie peuvent se conjuguer pour mieux comprendre ou même résoudre des mystères historiques », conclut Moraes. Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.

Valentin Rican (rédaction btlv source Live Science – photo home page @btlv)

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