Des chercheurs en archéologie en Égypte ont découvert une momie qui contenait, insérée dans ses bandelettes, des morceaux de l’Iliade, poème épique écrit par Homère.
Cette œuvre de la littérature grecque antique avait été mise sur le corps de la momie intentionnellement lors de son enterrement. Même dans un endroit connu pour ses anciens papyrus, cette trouvaille a suscité une grande curiosité. Le papyrus, qui était sous les bandelettes supérieures, avait été placé sur le ventre de la momie pendant le processus de momification, et ne servait pas juste de matériau d’emballage. Les scientifiques estiment que sa position suggère que le texte a été ajouté dans le but de l’intégrer dans le processus de préparation du corps pour la vie après la mort.
UNE MOMIE DE L’EPOQUE ROMAINE
Les experts datent cette momie de l’époque romaine en Égypte, il y a environ 1600 ans. A cette période, le pays avait déjà intégré depuis de nombreux siècles les influences de la culture romaine et grecque, tout en conservant des traditions égyptiennes beaucoup plus anciennes. Cette fusion culturelle rend l’apparition de la littérature grecque particulièrement intéressante, bien que son utilisation dans ce contexte soit surprenante.
La momie a été trouvée à Oxyrhynchus, une ville antique près de l’actuelle Al-Bahnasa en Égypte. Ce site archéologique est localisé à environ 190 km au sud de la capitale égyptienne, Le Caire, à proximité du Bahr Youssef, un affluent du fleuve Nil. Oxyrhynchus était l’une des cités majeures de l’Egypte à l’époque gréco-romaine. Depuis la fin du 19ème siècle, des fouilles archéologiques ont révélé une quantité incroyable de papyrus anciens, allant de documents de la vie quotidienne à des chefs-d’œuvre de la littérature grecque.
Ainsi, la découverte d’un autre texte grec sur ce site n’avait rien d’inhabituel. La momie provenait de la tombe 65 du secteur 22 de la nécropole. Les fouilles archéologiques, conduites entre novembre et décembre 2025, ont révélé cette momie. Ce qui était posé sur son abdomen la distinguait nettement des autres sépultures. La mission d’Oxyrhynchus avait déjà découvert des papyrus grecs placés de la même manière sur d’autres momies, suggérant que les écrits avaient une importance dans les rites funéraires. Cependant, jusqu’à cette trouvaille, le contenu de ces papyrus variait considérablement.
DES ECRITS MAGIQUES ET SPIRITUELS
Les papyrus grecs anciens trouvés dans les momies contenaient généralement des écrits à vocation rituelle ou magique, appropriés dans un contexte de funérailles, où les mots écrits avaient une connotation religieuse ou de protection. En revanche, le papyrus récemment découvert s’écarte radicalement de cette norme. Plutôt que de contenir un texte rituel ou une formule magique, il renfermait des vers de l’Iliade d’Homère, l’une des œuvres littéraires les plus emblématiques de l’histoire. Cette utilisation du papyrus est sans précédent, car aucun texte littéraire grec n’avait été trouvé utilisé de cette façon lors d’une momification.
Cette découverte a été suivie d’une étude approfondie du papyrus fragile lors d’une deuxième phase de fouilles en janvier et février 2026.Des experts ont minutieusement analysé les restes de l’écriture ancienne, et leurs recherches ont abouti à une identification précise des parties de l’Iliade qui avaient été préservées. Cette tâche a été réalisée par une équipe comprenant la restauratrice Margalida Munar, la spécialiste en papyrologie Leah Mascia et le philologue classique Ignasi-Xavier Adiego. Leah Mascia a réussi à déchiffrer le texte grec qui était encore lisible, ce qui a fourni suffisamment d’informations à l’équipe pour identifier le texte.
Par la suite, Ignasi-Xavier Adiego a associé le fragment de texte à un passage spécifique de l’œuvre d’Homère. Le texte retrouvé appartenait au Livre II de l’Iliade, un livre qui décrit les préparatifs des armées grecques en vue de la continuation du conflit contre Troie. Plus en détail, le papyrus retrouvé contenait un extrait du « Catalogue des navires », une section emblématique de l’épopée. Dans cette partie, les différents chefs, les contingents et les forces grecques réunies pour la guerre de Troie sont listés.
LES FORCES MILITAIRES DE L’ARMEE GRECQUE
Ce faisant, le Catalogue des navires transforme une section de l’Iliade en une vaste liste des forces de l’armée grecque. De ce fait, le Catalogue des navires est devenu l’un des passages les plus connus de l’Iliade, intégrant de nombreux peuples et lieux grecs dans le récit de la guerre de Troie. La découverte de ce papyrus sur une momie égyptienne a créé un lien saisissant entre les traditions littéraires grecques et les rituels funéraires de l’Égypte.
L’identification du texte n’était pas en soi une surprise, étant donné qu’un grand nombre de textes grecs avaient déjà été découverts à Oxyrhynchus. En effet, les œuvres d’Homère, largement lues dans le monde gréco-romain, y compris en Égypte sous domination romaine, avaient déjà été trouvées en grand nombre sur le site. Ce qui rendait cette découverte unique n’était pas simplement la présence d’un texte d’Homère, mais son inclusion intentionnelle dans le processus d’embaumement d’une momie.
Selon Ignasi-Xavier Adiego, responsable du projet, l’aspect novateur résidait dans la découverte d’un papyrus littéraire dans un contexte funéraire. L’équipe de l’Université de Barcelone considère cette momie comme le premier exemple archéologique connu où un texte littéraire grec a été intentionnellement utilisé lors de l’embaumement. Les découvertes précédentes sur le site avaient concerné des textes à caractère rituel ou magique. C’est cette spécificité qui rend cette découverte si remarquable aux yeux des chercheurs.
Les archéologues ont passé de nombreuses années à étudier les zones funéraires de ce site d’ Oxyrhynchus. Les fouilles récentes ont mis à jour un complexe funéraire majeur, caché sous le désert. Ce complexe funéraire comprenait trois tombes en calcaire, et à l’intérieur, des restes datant de la période romaine ont été retrouvés. Les archéologues ont acquis une compréhension approfondie des pratiques de traitement et de commémoration des défunts par les membres de cette communauté grâce à l’étude de ces chambres funéraires.
Ces chambres funéraires, découvertes lors de fouilles récentes, contenaient plusieurs momies romaines et des sarcophages en bois ornés, formant un ensemble funéraire complexe. La momie de l’Iliade, un célèbre texte grec, faisait partie de ce vaste ensemble. Bien que certaines sections aient été endommagées par des pillages anciens, suffisamment d’artefacts ont été conservés pour que les chercheurs puissent reconstituer des informations cruciales sur les sépultures. Réalisées entre novembre 2025 et février 2026, ces fouilles ont impliqué une équipe pluridisciplinaire d’archéologues, d’anthropologues, de conservateurs et de linguistes. Le papyrus contenant un extrait de l’Iliade d’Homère est devenu l’une des découvertes majeures de cette campagne.
Sous la conduite du professeur Josep Padró, la mission archéologique de l’Université de Barcelone à Oxyrhynchus, en Égypte, a débuté en 1992. Elle est devenue l’un des projets archéologiques espagnols les plus durables dans ce pays. Ces années de travaux ont mis en lumière l’histoire égyptienne, grecque et romaine de cette ville. La découverte d’un fragment de l’Iliade à Oxyrhynchus aurait été une trouvaille intéressante mais pas surprenante. En revanche, le fait que ce fragment ait été intentionnellement placé sur une momie lors de son embaumement a ouvert de nouvelles perspectives pour les archéologues, suggérant que la littérature grecque pouvait être intégrée dans des contextes culturels et sociaux plus larges que la simple éducation ou la lecture.
LA CONVERGENCE DES CULTURES GRECQUES ET ÉGYPTIENNES
Cette découverte offre une nouvelle perspective sur la fusion des traditions culturelles durant la période romaine en Égypte. Elle montre comment une pratique funéraire égyptienne pouvait inclure un papyrus écrit en grec, contenant un récit lié au passé mythique de la Grèce antique. Ainsi, cette momie devient un symbole de la convergence de différentes cultures. Les chercheurs ont réussi à identifier le texte et à prouver que le papyrus avait été intentionnellement utilisé lors de l’embaumement. Cependant, le choix de ce texte spécifique reste inexpliqué.
Le Catalogue des navires est maintenant au centre d’un mystère funéraire, inconnu des spécialistes jusqu’à présent. Ce fragment de l’Iliade, l’un des poèmes les plus célèbres de l’histoire, est resté enseveli sous le désert égyptien avec les morts pendant des siècles. Sa découverte illustre que les textes anciens pouvaient exister en dehors des bibliothèques, des collections privées ou des écoles. Pour ne rien manquer de l’actualité liée aux grandes découvertes archéologiques, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Bob Bellanca (rédaction btlv source Splash Travels – photo home page Wikimedia commons)










