(ÉCOLOGIE) Depuis 50 ans on conserve une forêt sans hommes pour étudier la biodiversité

26 juillet 2021

26 juillet 2021 — Créer une forêt “sous cloche” pour voir ce que serait la nature sans l’homme, étudier le stress et l’embonpoint des moineaux des villes ou l’hécatombe des têtards décimés par le glyphosate : le centre du CNRS de Chizé, dans les Deux-Sèvres, tient depuis 50 ans le rôle de  “vigie” de la biodiversité. Et ce qui faillit causer sa fermeture dans les années 80 l’absence perçue “d’originalité”, de percées scientifiques spectaculaires fait aujourd’hui sa force: “des séries démographiques et physiologiques précises sur le long terme”, qui permettent de suivre l’évolution des espèces, “à présent qu’on a pris conscience de l’impact des changements globaux”. C’est à la sortie de la France de l’OTAN, en 1966, que le CEBC doit son existence. Dans les années 50, son site était une base de l’Alliance atlantique: 200 hangars à munitions disséminés dans le massif forestier de Chizé, dont les arbres fournissaient un écran en cas de bombardement. En partant, 450 GIs laissèrent derrière eux une forêt enclose de 2.600 hectares, “sanctuaire” de faune sauvage  dont le chevreuil, le sanglier “pur” non hybridé qui fournit aux scientifiques leur premier terrain de jeu, d’écologie appliquée.

Cette forêt est le joyau “à retardement” du CEBC: elle est depuis 2006 une RBI, une Réserve biologique intégrale, l’une des trois grandes en France. Une forêt livrée à elle-même, où l’homme ne va plus, ne touche plus rien (sauf prélever des sangliers, surabondants), où sa trace s’efface, peu à peu. Pour observer l’écosystème à l’état “de nature”.

Naturel, vraiment ? “Ce n’est pas une forêt +naturelle+ à proprement parler, mais une forêt où un cycle naturel se reforme”, précise Xavier Bonnet, herpétologue au CEBC. “Plus on rajoute du temps, plus c’est intéressant. En 10 ans, on commence à avoir des changements. En 20 ans, on commence à avoir des processus”. Rien de spectaculaire à l’oeil du profane, entre les hêtres et chênes en compétition, les arbres tombés qui pourrissent, sous la dense canopée d’une forêt qui “se ferme” peu à peu. Mais “déjà on voit des peuplements d’espèces qui se différencient”, assurent les chercheurs.

Le CEBC et ses 60 chercheurs, étudiants, techniciens travaillent sur trois grands axes: écophysiologie –comment les espèces répondent aux variations de leur milieu–, prédateurs marins, et relations agriculture-biodiversité, dans la plaine céréalière voisine.

Et sur ce plan, la vigie, qui se défend pourtant de “catastrophisme”, tire un signal d’alarme darwinien: “les espèces sont certes plastiques, adaptables à court terme, et à long terme”, rappelle M. Guinet. Mais entre l’habitat dégradé, “rationnalisé”, et l’agrochimie massive, “les changements sont d’une telle amplitude, si rapides et simultanés qu’aujourd’hui on dépasse les capacités des espèces à s’adapter, à la fois à court terme et en évolution génétique”.

François Deymier (rédaction btlv.fr)

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