Archéologie : des cerveaux vieux de 3 700 ans retrouvés dans une cité détruite par le feu

27 août 2026

C’est un monticule en forme de cœur, visible depuis le ciel, que les locaux appellent « le cœur de Kütahya ». En dessous, deux hommes attendaient depuis trente-sept siècles qu’on les retrouve, l’un figé au milieu d’une pièce, l’autre à deux pas de la porte, si proche de s’en sortir.

Le site de Tavşanlı Höyük, dans le district de la province de Kütahya, ouest de l’Anatolie, livre depuis plusieurs campagnes des vestiges de l’âge du Bronze. Quarante-cinq hectares de ruines stratifiées, huit millénaires d’occupation humaine, probablement la capitale régionale de son époque. Aux alentours de 1700 avant notre ère, une attaque d’envergure a rasé la cité entière. Incendiée, écrasée, abandonnée ensuite pendant trois cents ans.

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En août 2023, au 29ᵉ congrès de l’Association européenne des archéologues réuni à Belfast, l’équipe de Tavşanlı Höyük a déroulé ses conclusions devant un parterre de chercheurs internationaux. Le Pr Erkan Fidan, qui dirige les fouilles pour l’université Bilecik Şeyh Edebali, a reconstitué la scène mètre par mètre : une pièce d’habitation effondrée sur ses occupants, des jarres projetées au sol depuis une étagère en bois, et deux squelettes masculins ensevelis sous un mélange de torchis et de poutres carbonisées. Le premier, un homme de 40 à 45 ans, dont la stature n’excédait pas 1,30 mètre avait été cloué au centre de la pièce par le mobilier. Coincé au centre de la pièce, étagère basculée sur le corps. Le second, un adolescent de 15 à 18 ans, gisait près du seuil. Deux pas de plus et il était dehors.

Ce qui a fait se redresser les archéologues sur leur siège, c’est la suite. Le Pr Yılmaz Selim Erdal, anthropologue à l’université Hacettepe, a détaillé l’état des ossements : exposition à une chaleur extrême, os blanchis par la température. Et dans la boîte crânienne du jeune homme, intact, carbonisé, un cerveau humain conservé depuis 3 700 ans.

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Entre la poitrine et l’abdomen du même individu, l’équipe a documenté des fragments de peau carbonisée. Des restes de derme humain, préservés non par momification mais par la violence même de l’incendie qui a tué leur propriétaire. Erdal a été catégorique dans sa présentation : en dehors des procédés d’embaumement, c’est le premier et unique exemple de peau humaine archéologique jamais identifié en Turquie. Quelques cas de tissus cérébraux avaient déjà été signalés en Anatolie, quatre ou cinq occurrences, pas davantage, mais la peau, jamais.

Toutes les armes mises au jour sur le site, poignards, pointes de lance, pointes de flèche proviennent de cette même couche. L’hypothèse privilégiée : un siège mené par une puissance rivale, ciblant le flanc nord-est de la ville, le plus vulnérable. L’assaut fut probablement soudain ; les habitants n’ont pas eu le temps de fuir. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à l’archéologie, inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Archaeologist mag – photo home page @btlv via)

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