29 septembre 2018 : Une première pour une femme philosophe: le CNRS a attribué la médaille d’or 2018, la plus haute distinction scientifique française, à la spécialiste de la philosophie grecque, Barbara Cassin, couronnant “une oeuvre traversée par la question du pouvoir des mots et du langage”.
“Ses travaux constituent une contribution exceptionnelle à la recherche sur la philosophie du langage, dans une perspective à la fois historique et pratique. Ils sont aussi ceux d’une chercheuse engagée, notamment sur le plurilinguisme”, explique jeudi le CNRS dans un communiqué.
Née le 24 octobre 1947 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Barbara Cassin a suivi des études de philosophie à la Sorbonne. Elle entre au CNRS en 1984. Helléniste et germaniste, elle est aussi éditrice et directrice de collections consacrées à la philosophie. “Au carrefour de la philosophie et de la philologie, Barbara Cassin a élaboré, tout au long de son parcours, une oeuvre originale et complexe, nourrie de la fréquentation permanente des textes de l’Antiquité gréco-latine et attentive aux apports de la psychanalyse”, a réagi Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dans un communiqué. Elle est l’auteure, entre autres, d'”Éloge de la traduction. Compliquer l’universel” (Fayard, 2016) et a dirigé le “Vocabulaire européen des philosophies” (Seuil-Le Robert, 2004), plus connu par son sous-titre, le “Dictionnaire des intraduisibles”. Ce monument examine plus de 1.500 mots du langage philosophique confrontés à la difficulté de leur traduction dans une quinzaine d’autres langues. “Quand on traduit, le sens n’est plus tout à fait le même ni tout à fait autre, y explique-t-elle, il y a toujours plus d’une bonne traduction possible. D’ailleurs, même le mot traduire est polysémique!” Ses recherches l’ont menée de Homère à Heidegger, en passant par Leibniz et la psychanalyse. Elle travaille à un monumental dictionnaire sur les trois monothéismes. “La traduction a permis le passage d’une culture à une autre, le transfert des savoirs et des pouvoirs: de la Grèce à Rome, de Rome au monde arabe…”, expliquait Barbara Cassin lors de l’exposition “Après Babel, traduire” dont elle a été commissaire au Mucem de Marseille il y a deux ans, rappelant que la diversité des langues est toujours une richesse et qu’il faut “savoir faire avec les différences”. Elle a créé avec quelques amis une association: la maison de la sagesse-traduire, “un réseau de lieux et d’actions qui travaille à la fois sur l’accueil, sur l’insertion et sur les difficultés philosophiques majeures que sont les trois monothéismes”. Directrice de recherche émérite au CNRS, Barbara Cassin avait été élue en 2018 à l’Académie française, dont elle avait reçu six ans auparavant le Grand Prix de philosophie.
Rédaction btlv.fr (source CNRS)





