Chartres : de rares sculptures dévoilent un sanctuaire mystérieux

2 octobre 2026

Des fragments de statues, des reliefs sculptés et un bassin à l’architecture inattendue : les fouilles du sanctuaire de Saint-Martin-au-Val, à Chartres, apportent de nouveaux indices sur les pratiques religieuses de la Gaule romaine. Au cœur des recherches, une question demeure : quelle place l’eau occupait-elle dans les rites antiques ?

À Chartres, le sanctuaire gallo-romain de Saint-Martin-au-Val continue de livrer ses secrets. La campagne de fouilles menée durant l’été 2026, après quatre années d’interruption, a permis de découvrir de nombreux fragments de statues et de reliefs sculptés. Retrouvés à l’intérieur et autour d’un grand bassin central, ces vestiges pourraient avoir appartenu au décor monumental d’un édifice associé au culte d’Apollon.

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Cette découverte se distingue par l’abondance des éléments recueillis, alors que les vestiges de sculptures romaines sont rares à Chartres. Certaines pièces semblent représenter des scènes mythologiques. Les chercheurs envisagent qu’elles aient composé des ensembles sculptés disposés sur la façade dominant le bassin. Leur étude pourrait ainsi aider à restituer une partie du décor du sanctuaire.

UN BASSIN PLUS COMPLEXE QUE PREVU

Les archéologues pensaient initialement explorer un bassin carré relativement simple. Les fouilles ont révélé une construction bien plus élaborée.

Profond de plus de deux mètres et revêtu de marbre blanc, le bassin présente, sur son côté oriental, ce qui semble être une plateforme accessible par des marches. Une balustrade aurait séparé cet espace de l’eau. Les chercheurs ont également identifié un dispositif d’évacuation ou de trop-plein, relié à la plateforme par une canalisation.

Ces aménagements témoignent d’une maîtrise poussée de la circulation de l’eau. Ils pourraient avoir participé à une mise en scène visuelle, intégrée à l’architecture du bâtiment. Leur fonctionnement exact reste toutefois à établir.

L’HYPOTHÈSE DE RITES DE PURIFICATION

Une ouverture aménagée sur le bord occidental du bassin retient particulièrement l’attention. Elle paraît avoir permis d’accéder à l’eau, ce qui conduit les archéologues à envisager une fonction rituelle.

Les visiteurs auraient pu y pratiquer des ablutions, des gestes de purification par l’eau, avant de poursuivre leur chemin dans le sanctuaire ou vers l’édifice dédié à Apollon. Cette interprétation demeure une hypothèse : les recherches doivent encore préciser les usages du bassin et son articulation avec les espaces voisins.

L’importance de l’eau était déjà apparue lors de la campagne de 2022. En recherchant les limites du bâtiment, les archéologues avaient découvert deux bassins supplémentaires. L’ensemble en comptait donc trois : un bassin central pouvant avoir servi aux ablutions, encadré par deux bassins d’ornementation.

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UN IMMENSE LIEU DE CULTE AUX PORTES D’AUTRICUM

Ces découvertes prennent place dans un ensemble religieux de dimensions remarquables. Étendu sur plus de dix hectares, Saint-Martin-au-Val figure parmi les plus vastes sanctuaires connus de la Gaule romaine. Il se trouvait à moins d’un kilomètre au sud du centre administratif et politique d’Autricum, la Chartres antique.

Développé entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle de notre ère, le complexe associait un temple monumental, des galeries de circulation et plusieurs édifices annexes. Ses dimensions lui permettaient d’accueillir de nombreux visiteurs lors de grandes célébrations civiques et religieuses.

Le secteur étudié comprend un bâtiment de 655 mètres carrés, richement décoré de marbre et de peintures murales. Son organisation architecturale inhabituelle a conduit les chercheurs à le rapprocher des fontaines monumentales du monde romain.

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DES VESTIGES POUR COMPRENDRE LES CROYANCES ANTIQUES

Étudié depuis plus de vingt ans, le site est également connu pour les restes exceptionnellement préservés d’un plafond suspendu en bois sculpté et peint. Ces éléments fragiles ont survécu grâce à des conditions de conservation particulières, liées notamment à leur immersion dans un bassin après un incendie.

Les sculptures viennent désormais enrichir ce dossier archéologique. Leur analyse, associée à celle des bassins et des canalisations, doit permettre de mieux comprendre l’apparence du sanctuaire et les pratiques qui s’y déroulaient.

Les prochaines étapes des recherches devront préciser le rôle de la plateforme, déterminer si un décor occupait le centre du bassin et retracer les transformations du bâtiment. À Saint-Martin-au-Val, le mystère tient à ces usages encore difficiles à reconstituer : comment l’eau, les images des dieux et l’architecture accompagnaient-elles la vie religieuse des habitants d’Autricum ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.

Valentin Rican (rédaction btlv source Heritage Daily – photo home page @btlv)

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