En 1976, une sonde américaine posée sur Mars enregistre un étrange signal. Un événement suffisamment inhabituel pour intriguer les scientifiques, mais impossible à expliquer avec certitude.
Pendant près d’un demi-siècle, les données vont dormir dans les archives de la NASA. Aujourd’hui, une équipe de chercheurs vient de les réexaminer. Et ce qu’elle a découvert pourrait bien changer notre regard sur l’activité de la planète rouge.
Il faut remonter cinquante ans en arrière. Nous sommes en septembre 1976 et la sonde américaine Viking 2 vient de se poser sur Mars, dans la vaste plaine d’Utopia Planitia.
À l’époque, les scientifiques espèrent notamment découvrir si la planète rouge a pu abriter une forme de vie. Mais la sonde transporte également un instrument destiné à écouter les vibrations du sol martien : un sismomètre.
L’idée est simple. Si Mars connaît des tremblements de terre, comme notre planète, ces vibrations pourraient révéler ce qui se passe sous sa surface. Seulement voilà, l’expérience ne se déroule pas exactement comme prévu.
Le sismomètre, installé sur la structure de l’atterrisseur, est particulièrement sensible aux vibrations provoquées par le vent. Difficile, dans ces conditions, de distinguer un véritable séisme d’une simple rafale martienne. Malgré tout, deux événements inhabituels sont enregistrés au cours de la mission. Leur origine restera mystérieuse pendant près de cinquante ans.
QUAND LES ARCHIVES DE LA NASA SE REMETTENT À PARLER
Aujourd’hui, une équipe dirigée par Wanbo Xiao a décidé de reprendre cette vieille enquête scientifique. Pour cela, les chercheurs ont utilisé les connaissances acquises grâce à InSight, une autre sonde de la NASA qui a étudié l’activité sismique de Mars entre 2018 et 2022.
Contrairement à Viking 2, InSight disposait d’un sismomètre placé directement sur le sol, capable d’enregistrer les plus infimes vibrations. Et les résultats ont été spectaculaires : plus de 1 300 événements sismiques ont été détectés.
En comparant ces données modernes aux enregistrements de Viking 2, les scientifiques ont découvert qu’un des signaux de 1976 pourrait effectivement correspondre à un tremblement de terre martien.
Mieux encore, son origine possible se situerait dans une région des plaines du nord où InSight a identifié, plusieurs décennies plus tard, une importante activité sismique. Une coïncidence géographique qui intrigue les chercheurs. Car si leur interprétation est correcte, cela signifierait qu’une même région de Mars connaissait déjà des mouvements souterrains il y a cinquante ans.
MARS SERAIT-ELLE PLUS ACTIVE QU’ON NE LE PENSAIT ?
Longtemps, Mars a été présentée comme une planète géologiquement presque morte. Certes, son paysage conserve les traces d’un passé tumultueux, avec ses volcans gigantesques, ses canyons vertigineux et ses anciennes coulées de lave.
Mais son activité actuelle est restée longtemps difficile à mesurer. Les découvertes d’InSight ont changé cette vision. Et la nouvelle analyse des données de Viking 2 pourrait désormais permettre de remonter encore plus loin dans l’histoire récente de cette activité.
Il faut toutefois rester prudent. Les chercheurs reconnaissent qu’une autre explication demeure possible, notamment un séisme plus lointain ou l’impact d’une météorite. Le signal n’a donc pas livré tous ses secrets.
Mais cette étude, publiée dans la revue scientifique AGU Advances, rappelle une chose fascinante : certaines découvertes ne nécessitent pas toujours d’envoyer de nouvelles sondes dans l’espace. Parfois, les réponses dorment depuis des décennies dans les archives.
En 1976, Viking 2 avait peut-être enregistré le premier véritable tremblement de terre martien sans que personne puisse en être certain. Cinquante ans plus tard, les scientifiques commencent enfin à comprendre ce que la planète rouge essayait de leur raconter. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à l’espace, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Bob Bellanca (rédaction btlv source AGU Advances – photo home page @btlv via adobe stock)








