Espace : ces cafards cyborgs pourraient remplacer certains robots d’exploration

27 juillet 2026

Comme si le cafard n’était pas déjà le survivant ultime de la planète, capable de défier les radiations et les semelles de chaussures, voilà qu’il apprend à plonger. Des chercheurs en Asie viennent de briser une nouvelle barrière biologique en concevant des scaphandres imprimés en 3D, transformant ces insectes en véritables plongeurs high-tech. Le but affiché par l’équipe du professeur Hirotaka Sato, de l’Université technologique de Nanyang à Singapour, est aussi ambitieux que déconcertant : faire de ces créatures les prochains secouristes de terrain, voire les pionniers d’une exploration martienne.

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L’idée n’est pas née d’hier. Déjà, le laboratoire de Sato s’était fait remarquer en domptant les blattes de Madagascar, ces spécimens imposants, par le biais d’électrodes fixées directement sur leurs organes sensoriels. À l’époque, l’objectif était de diriger des essaims à distance, une précision chirurgicale qui permettait de transformer ces insectes en drones organiques capables de se faufiler dans les ruines, là où ni l’homme ni les robots mécaniques ne peuvent accéder. Mais il y avait un os : l’eau. Dès qu’une zone de catastrophe était inondée ou drainée, le cyborg perdait ses capacités.

Le projet a donc basculé vers le milieu aquatique avec ce nouveau harnais en résine étanche. Loin d’être un simple carcan, ce dispositif fonctionne comme un réservoir d’oxygène miniature. Plutôt que de transporter des bouteilles lourdes, les chercheurs ont mis au point une réaction chimique interne ingénieuse : un mélange de peroxyde d’hydrogène et de dioxyde de manganèse qui, en réagissant, libère du dioxygène pur directement au contact des stigmates, ces petits orifices respiratoires situés sur les flancs de la bête.

UN DÉFI À L’ÉCHELLE MARTIENNE

Les résultats sont, selon les données publiées dans Nature Communications, pour le moins impressionnants. Lors des tests en laboratoire simulant des tunnels inondés, ces insectes équipés ont pu évoluer sous près de 30 centimètres d’eau pendant trois heures consécutives. La vélocité, elle, est restée quasi intacte : les insectes se déplacent sous l’eau à une vitesse de 78,4 millimètres par seconde, à peine dix millimètres de moins que sur la terre ferme.

C’est une prouesse technique qui change la donne pour la recherche de survivants dans les décombres après des séismes, notamment là où les canalisations rompues ou les crues subites bloquent traditionnellement les accès. On se souvient d’ailleurs que ce type de technologie avait déjà été déployé lors de l’opération « Lionheart », après le séisme dévastateur de 2025 au Myanmar. Pourtant, Sato ne compte pas en rester aux zones sinistrées terrestres. Il voit dans ces scaphandres miniatures un premier pas vers l’espace. L’idée de tester ces « cafards-astronautes » sur la surface de Mars, dans des environnements hostiles et sous pression réduite, est au cœur des futures étapes de développement de l’équipe.

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L’EFFICACITÉ BIOLOGIQUE CONTRE LE MÉCANIQUE

Face à de tels projets, la question de la pertinence des insectes par rapport aux robots autonomes revient inévitablement sur le tapis. Pour les ingénieurs du projet, la réponse est pragmatique : l’autonomie énergétique. Un robot classique, aussi perfectionné soit-il, reste dépendant de ses batteries et nécessite une maintenance lourde ou des points de recharge. Le cyborg, lui, est une machine de survie qui, dans la nature, sait trouver son énergie tout seul. En exploitant les ressources de l’environnement, il peut rester opérationnel sur des durées que les machines actuelles ne peuvent que jalouser.

Certes, l’image est saisissante, presque dystopique, de voir des cafards équipés de harnais électroniques arpenter des zones de catastrophe ou, demain, les plaines rouges de Mars. Mais derrière l’aspect « film de science-fiction » se cache une logique d’ingénierie qui pousse l’évolution biologique dans ses derniers retranchements. Que l’on y voie un progrès majeur pour la sécurité civile ou une intrusion dérangeante dans le vivant, le fait est là : le cyber-cafard vient d’élargir son terrain de jeu. D’ici quelques années, la question ne sera peut-être plus de savoir comment s’en débarrasser, mais de savoir si le prochain petit point noir aperçu sur les images satellites de la NASA ne serait pas, finalement, un insecte téléguidé. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à la science, inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source Nature – photo home page @btlv via adobe stock)

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