Dans la course aux grandes énigmes scientifiques, la conscience reste une anomalie tenace, presque insolente. Plus de 300 théories s’affrontent, se superposent, s’ignorent parfois. Certaines la réduisent à un traitement d’information suffisamment complexe ce que pourraient, un jour, accomplir des machines. D’autres la voient comme une propriété fondamentale de l’univers, antérieure au vivant, presque cosmique. Pour le moment au stade où en sont les recherches, aucun élément pour trancher et rien ne s’impose.
C’est précisément ce désordre qui irrite Erik Hoel un neuroscientifique, écrivain et chercheur américain connu pour ses travaux sur la conscience et pour ses positions critiques vis-à-vis des théories actuelles dans ce domaine. Pour lui, la discipline s’est enlisée dans une accumulation d’idées difficiles à départager, impossibles à tester rigoureusement.
UNE MACHINE POUR FAIRE LE TRI
La machine d’Erik Hoel n’est pas en métal, ni dotée de métal, câbles, rien qui tourne. C’est une manière de tordre les idées, de les pousser jusqu’à ce qu’elles craquent.
Plutôt que de chercher la bonne réponse, celle qui expliquerait enfin la conscience, il prend le problème à l’envers. Il regarde ce qui ne tient pas. Il provoque les théories, les met dans des situations où elles ne peuvent plus tricher.
Imaginez deux systèmes. Ils répondent pareil, réagissent pareil, donnent l’illusion parfaite. De l’extérieur, aucune différence. Et pourtant, à l’intérieur, tout change : structure, organisation, fonctionnement. Rien n’est identique. C’est là que ça se complique.
Une théorie doit trancher. Dire : conscient, ou pas. Et si elle décide que l’un « ressent » quelque chose et l’autre non, elle doit expliquer pourquoi. Aucune intuition, ni raccourci, sinon, elle vacille.
On pourrait faire la même chose avec des clones, deux copies identiques en apparence, même voix, mêmes gestes, mêmes souvenirs affichés. Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose diffère, sans qu’on sache dire quoi. Lequel vit vraiment quelque chose ? Lequel est vide ? Et surtout : sur quoi se base-t-on pour décider ?
Les intelligences artificielles rendent le jeu encore plus brutal. On peut les tordre, les reconstruire, les dupliquer en versions presque identiques mais fondamentalement différentes. Un terrain d’expérimentation sans attaches biologiques, sans contraintes naturelles.
Et là, certaines théories se contredisent. Elles changent de réponse sans raison solide. Elles s’effondrent d’elles-mêmes. C’est tout l’intérêt. Faire le tri, sans ménagement.
Non pas pour trouver immédiatement ce qu’est la conscience, mais pour réduire le brouillard, ligne après ligne, par élimination. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus grand-chose à prouver et peut-être, enfin, quelque chose qui tient.
Pour l’instant, rien de tout cela n’est tranché. La conscience reste une silhouette floue. Mais peut-être que, comme le suggère Hoel, ce n’est pas en la regardant directement qu’on la comprendra. Peut-être faut-il continuer à dessiner autour, jusqu’à ce qu’elle apparaisse enfin par contraste. Pour ne rien manquer de l’actualité du cosmos inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source Popular mechanics – photo home page @btlv via adobe stock)







