19 novembre 2018 – Le satellite Goce (de l’ESA), qui permet par sa haute technologie d’effectuer des mesures fines du champ de gravité de la Terre,a permis de voir sous la glace de l’Antarctique. Des restes de continents anciens disparus dans la croûte continentale ont ainsi été découverts par les géophysiciens.
Dans les faits, les chercheurs sont capables d’inverser d’une certaine façon le signal émis, ils peuvent en déduire les caractéristiques de sa source. Pour faire simple, c’est comme si on devinait l’instrument qui émet de la musique.
Les types d’ondes et leurs vitesses à l’intérieur de la Terre dépendent en effet de la composition minéralogique des roches ainsi que de leurs températures et des pressions auxquelles elles sont soumises. La sismologie fait d’énormes progrès.
Cela permet, par exemple, de faire de la prospection géophysique pour la recherche de gisements de pétrole, voire de minerais, à l’aide de mesures de gravimétrie. Encore faut-il disposer d’instruments suffisamment sensibles et précis et enfin, d’un assez grand nombre de mesures.
L’Europe s’est dotée d’un instrument performant de ce genre il y a plusieurs années en lançant dans l’espace le satellite Goce (Gravity field and steady-state Ocean Circulation Explorer) qui a orbité autour de la Terre à très basse altitude, autour de 260 kilomètres. L’objectif est d’établir une carte particulièrement précisedu champ de gravité, ainsi que de ses variations dans les trois directions de l’espace autour de son orbite.
Des fragments de supercontinents ont étérévélés par la gravité, et une carte très précise de ces volumes a pu être obtenue, débouchant sur la forme théorique de la Terre de cette lointaine époque. On obtient de cette façon une surface de référence d’où l’on peut supposer le niveau moyen des océans, latempérature et la salinité des eaux océaniques, l’épaisseur des glaces et qui permet donc mieux comprendre le changement climatique.
Mais, l’analyse des données collectées depuis 2014 s’est poursuivie et elle a donné lieu à la publication d’un article dans Scientific Reports. Les géophysiciens annoncent s’être servis de ces données pour sonder la structure des plaques tectoniques, en particulier sous l’Antarctique où faire des observations concernant la nature de roches sous l’Inlandsis n’est évidemment pas facile.
Les mesures gravimétriques permettent de voir clairement des cratons (kratos en grec = la force), autrement dit des parties anciennes et stables de la croûte continentale bien définies par leurs compositions rocheuses et leurs structures. Certains cratons ont plus de 2,5 milliards d’années et datent donc de l’Archéen au moment où la croûte continentale s’est principalement mise en place. Ils forment une véritable mosaïque de blocs et se trouvent généralement à l’intérieur des continents.
On ne savait pas exactement ce qui « se cachait » sous l’Antarctique, mais aujourd’hui nous le savons : des fragments disparus de continents ont été retrouvés. Des traces d’un passé géologique avec des éléments concordants nous apprennent qu’il y a plus de 160 millions d’années l’Antarctique, l’Inde et l’Australie étaient connectés au sein d’un supercontinent, le Gondwana.
Henri Coron (btlv.fr/source Nature)





