Voyage dans le temps : des chercheurs du MIT affirment qu’envoyer un message vers le passé demanderait moins d’efforts que vers le futur

27 mai 2026

Le voyage dans le temps appartient depuis longtemps à la science-fiction. Des univers entiers se sont construits autour de cette idée, avec des héros qui traversent les décennies comme on change de quai de gare. La littérature s’en est emparée, le cinéma aussi. Pourtant, derrière ces récits spectaculaires, certaines pistes théoriques prennent aujourd’hui une forme plus concrète, mais pas au point de fabriquer une machine à remonter le temps, mais suffisamment pour forcer les physiciens à regarder autrement la manière dont l’information circule.

Des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) avancent une idée qui bouscule l’intuition : dans certaines conditions très particulières, transmettre un message vers le passé pourrait demander moins de ressources que l’envoyer vers le futur. Une hypothèse qui paraît presque absurde au premier regard, tant notre expérience quotidienne raconte exactement l’inverse.

DES BOUCLES TEMPORELLES QUI N’EXISTENT PAS VRAIMENT

Tout part d’un concept théorique issu de la relativité générale : les courbes fermées de type temps, plus communément appelées CTC. Sur le papier, elles décrivent une trajectoire capable de ramener une particule à son propre point de départ temporel. Une sorte de boucle parfaite où le temps cesse d’être une ligne droite.

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Construire un système réel de ce type reste hors de portée. Les quantités d’énergie nécessaires dépasseraient tout ce que l’on sait produire. Les chercheurs se sont donc tournés vers une autre approche : reproduire le comportement attendu sans recréer l’objet lui-même.

Seth Lloyd et son équipe avaient déjà montré qu’il était possible de simuler certaines propriétés de ces canaux temporels grâce à des photons intriqués. À l’échelle de quelques nanosecondes, le phénomène imitait un déplacement vers le passé sans violer directement les règles connues de la physique.

LE BRUIT CHANGE TOUT

Les nouveaux calculs, publiés dans Physical Review Letters, ajoutent un ingrédient rarement apprécié des ingénieurs : le bruit.

En temps normal, le bruit est un ennemi. Il brouille les données, déforme les signaux, détériore l’information transmise. Ici, il produit un résultat inattendu.

Lorsque ce bruit est introduit dans le canal quantique, l’équilibre bascule. Le système simulant une transmission vers le passé devient plus efficace que son équivalent orienté vers l’avenir. Non pas parce que l’information voyagerait gratuitement à travers le temps, mais parce qu’une architecture particulière permettrait de réduire le coût associé à cette transmission.

Les physiciens parlent d’un canal quantique équivalent : un dispositif qui reproduit statistiquement les effets d’un voyage dans le temps sans exiger l’énergie théoriquement nécessaire à une véritable boucle temporelle.

INTERSTELLAR N’ÉTAIT PAS SI ÉLOIGNÉ

L’image choisie par les chercheurs renvoie directement à Interstellar. Dans le film, Cooper se retrouve dans un espace où le temps perd sa structure habituelle. Il communique avec sa fille Murphy à travers des variations de poussière et des impulsions gravitationnelles. La scène semblait relever d’une pure liberté scénaristique. Pourtant, elle illustre précisément le mécanisme étudié.

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Le point essentiel n’est pas le message lui-même. Tout repose sur un détail plus discret : Cooper sait déjà comment Murphy interprétera ces signaux plus tard. Il possède, d’une certaine manière, la mémoire d’événements futurs. Sans cette information préalable, le système s’effondre. Le message perd sa cohérence.

LA MÉMOIRE DU FUTUR COMME PIÈCE MANQUANTE

C’est là que l’étrangeté devient totale. Les chercheurs expliquent que transmettre une information vers le passé nécessite que l’expéditeur conserve une forme de mémoire du futur. Cette mémoire agirait comme une structure de correction, capable d’absorber une partie des pertes créées par le bruit.

L’effet ne transforme pas la physique en terrain de jeu pour paradoxes temporels. Les lois connues restent intactes. Aucune porte ne s’ouvre vers une communication libre à travers les siècles.

Mais l’idée reste fascinante : dans certains systèmes quantiques, le passé pourrait parfois se révéler moins coûteux à atteindre que l’avenir lui-même.

Pas de quoi envoyer demain les résultats du loto à son soi d’hier. Suffisant, en revanche, pour rappeler que le temps cache encore quelques angles morts. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à la physique quantique, inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source  Physical Review Letters – photo home page @btlv via adobe stock)

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