« Es-tu mort ? » Le nom claque comme une provocation. En Chine, pourtant, l’application ne fait pas rire. Elle grimpe en tête des téléchargements payants sur l’App Store d’Apple depuis le 11 janvier 2026, et s’offre même une percée jusqu’à la deuxième place aux États-Unis. Derrière cette formule abrupte, Sileme en mandarin, un principe d’une simplicité presque désarmante : tous les deux jours, l’utilisateur doit prouver qu’il est toujours en vie.
UN PRINCIPE MINIMALISTE
Rien de sophistiqué. Pas de géolocalisation, pas de traque en arrière-plan. Juste une notification et un large bouton vert sur lequel appuyer pour signaler sa présence. Si, au bout de quarante-huit heures, aucun signe ne vient, l’application envoie automatiquement un courriel à la personne désignée à l’avance. Un nom, une adresse mail, et l’alerte part.
Vu d’Europe, l’idée peut sembler macabre, presque déplacée. En Chine, elle s’inscrit dans une réalité sociale plus tangible. La solitude progresse. En 2024, un foyer sur cinq était composé d’une personne vivant seule, contre 15 % dix ans plus tôt. Dans les grandes villes, les familles sont dispersées, les rythmes de travail extensifs, les voisins inconnus. L’application se présente alors comme une veille minimale, un filet de sécurité discret pour celles et ceux qui n’ont personne à portée immédiate.
UN CHANGEMENT DE NOM STRATÉGIQUE
Le succès a pris de court ses créateurs. Les médias internationaux s’en sont emparés, les réseaux sociaux ont ironisé sur l’intitulé. « Es-tu mort ? » choque, amuse, intrigue. Trop frontal pour certains. Suffisamment percutant pour d’autres. Face à cette notoriété soudaine, les développeurs ont annoncé un changement d’identité. Sur Weibo, le 13 janvier 2026, le compte officiel a précisé qu’à la prochaine mise à jour, Sileme deviendrait « Demumu », un nom pensé pour accompagner une ambition plus large : exporter ce service au-delà des frontières chinoises sans perdre de vue l’objectif affiché, la sécurité des personnes isolées.
L’argument ne convainc pas tout le monde. Certains internautes regrettent déjà la brutalité assumée du premier nom, estimant que la nouvelle marque dilue ce qui faisait sa singularité. D’autres y voient un ajustement logique pour un déploiement mondial. Entre outil de prévention et coup marketing involontaire, l’application navigue sur une ligne étroite. Elle ne promet ni miracle ni surveillance permanente. Elle exige simplement un geste, régulier, presque banal : confirmer que l’on est encore là. Pour ne rien manquer de notre actualité, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source La Dépêche – photo home page @btlv via adobe stock)







