Comme le disaient les frères Bogdanov sur BTLV il y a quelques années, avec l’arrivée des premières images du télescope James-Webb, nous allions découvrir les secrets de l’Univers et, pourquoi pas, établir un premier contact avec des extraterrestres. En effet, depuis les premières images publiées le 11 juillet 2022, notre connaissance de l’Univers progresse comme jamais. Pourtant, un mystère demeure tout près de nous : le champ magnétique terrestre.
Ce bouclier invisible, qui protège la planète du vent solaire, continue de poser problème aux chercheurs. Son origine ne correspond pas aux modèles établis, et sa longévité dépasse ce que les théories prévoyaient. Entre énigme scientifique et garantie d’une protection durable, le champ magnétique révèle une part méconnue de notre planète, presque aussi fascinante que les étoiles lointaines
UN CHAMP MAGNÉTIQUE PRÉSENT DÈS LES PREMIERS ÂGES DE LA TERRE
L’analyse de roches vieilles de plus de 3,7 milliards d’années a bouleversé nos certitudes : elles gardent la trace d’un champ magnétique presque aussi puissant qu’aujourd’hui. Autrement dit, la Terre possédait déjà un bouclier dès son enfance bien avant que le modèle classique ne l’autorise.
Comment est-ce possible ? Les chercheurs explorent plusieurs pistes : un océan de magma conducteur enfoui sous le manteau, des processus inattendus dans la croûte ou le manteau, ou encore un noyau totalement liquide capable de générer un champ grâce à des mouvements internes complexes. Rien n’est tranché, mais une idée s’impose : le premier champ magnétique terrestre n’obéissait sans doute pas aux mêmes règles que celui qui nous protège aujourd’hui.
L’autre grand sujet du moment concerne la longévité du champ actuel. Certaines études montrent que les conditions à l’intérieur de la Terre chaleur immense, noyau externe très volumineux et convection continue pourraient permettre à la géodynamo de fonctionner pendant des milliards d’années encore.
La chaleur résiduelle du noyau s’échappe lentement vers le manteau. Cette fuite d’énergie, aussi lente qu’elle soit, suffit à entretenir les mouvements du métal liquide qui produisent le champ magnétique. Tant que ce différentiel de température existe, la dynamo tourne.
Cela ne veut pas dire que le champ reste stable. On sait qu’il varie, qu’il s’affaiblit parfois, qu’il s’inverse même. Mais ces fluctuations semblent appartenir à son fonctionnement normal, pas à un signe de fin imminente.
EXPLORER D’AUTRES PISTES
Face à ce paradoxe, plusieurs hypothèses émergent. L’une suggère que le noyau liquide aurait pu suffire, par simple convection thermique. Une autre, plus originale, avance l’idée d’un océan de magma basal encore partiellement liquide situé juste au-dessus du noyau de l’époque. Cet océan aurait pu jouer un rôle actif en alimentant les mouvements thermiques nécessaires à la formation d’un champ magnétique.
C’est cette dernière hypothèse qu’une équipe franco-américaine a testé, grâce à des simulations 3D de haute précision. Objectif : déterminer si un tel océan de magma aurait pu générer un champ magnétique aussi intense que celui observé dans les plus anciennes roches terrestres.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs. Les simulations montrent que la conductivité électrique du magma basal serait trop faible pour maintenir un champ magnétique fort. Pire encore, les flux de chaleur requis dépassent largement ce que les modèles géophysiques jugent réalistes pour cette époque.
En clair, cet océan de magma n’aurait pas pu, à lui seul, générer le champ magnétique observé. Il a peut-être contribué, mais pas de manière déterminante.
UNE ÉNIGME QUI RÉSISTE
Si l’étude ne résout pas le mystère, elle fait avancer la science En délaissant une voie qui semblait encourageante, elle incite les chercheurs à se tourner vers d’autres procédés, peut-être encore inexplorés. Il se peut même que plusieurs mécanismes aient opéré en même temps pour engendrer ce champ magnétique primitif.
La recherche avance fréquemment par processus d’élimination. Chaque échec, loin d’être une perte, perfectionne la compréhension. Il arrive parfois que c’est en fermant une porte qu’on découvre une nouvelle voie Pour suivre les dernières découvertes et émissions scientifiques, inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir toute notre actualité
François Deymier (rédaction btlv source Futura – photo home page @btlv)








