Sur les pentes du mont Ararat, une silhouette intrigue depuis 1959. Une masse rocheuse allongée, presque fuselée, dont les proportions rappellent, de manière troublante, celles décrites dans le récit biblique de l’arche de Noé. À première vue, rien de plus qu’une curiosité géologique dans un paysage déjà marqué par les transformations de l’histoire naturelle. Pourtant, le site n’a jamais vraiment quitté les radars des chercheurs amateurs et de quelques équipes plus déterminées.
Ces dernières années, l’intérêt a repris de plus belle. En cause : une série d’analyses menées par des chercheurs indépendants, dont Andrew Jones, affilié au groupe Noah’s Ark Scans. Ses déclarations, relayées par plusieurs médias britanniques, parlent de « découvertes excitantes ». Le ton est donné. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce sont les données brutes qui retiennent l’attention.
DES STRUCTURES QUI SEMBLENT ORGANISÉES
Les relevés effectués à l’aide de radars à pénétration de sol dessinent une réalité moins chaotique qu’attendu. Sous la surface, des formes apparaissent. Des lignes qui se prolongent, des espaces qui semblent délimités. Des sortes de couloirs, selon les interprétations, courant le long des bords internes de la structure et traversant son axe central.
Au cœur de cet ensemble, une cavité plus vaste, que Jones décrit comme un atrium. Le mot n’est pas neutre. Il suggère une organisation, presque une fonction. Difficile, à ce stade, de dire s’il s’agit d’une projection ou d’une observation rigoureuse, mais les images radar alimentent le doute.
Les dimensions relevées ajoutent à l’étrangeté : environ 515 pieds de long. Une mesure qui correspondrait, conversion faite, aux 300 coudées évoquées dans le Livre de la Genèse. Hasard, coïncidence, ou alignement inattendu entre texte ancien et réalité physique, la question reste ouverte.
Les analyses de sol viennent compliquer encore la lecture. À l’intérieur de la forme, les échantillons présentent une concentration en matière organique nettement supérieure à celle relevée à l’extérieur. Environ trois fois plus. Le potassium, lui aussi, affiche des niveaux plus élevés. Et sur le terrain, un détail attire l’œil : l’herbe jaunit différemment, comme si le sol racontait une autre histoire, plus dense, plus chargée.
ENTRE INTERPRÉTATION ET PRUDENCE
Autour du site, d’autres indices s’invitent dans le débat. Des fossiles marins, coquillages, fragments de corail ont été identifiés à proximité. Pour les partisans d’une lecture biblique, ces éléments renforcent l’idée d’un ancien épisode d’inondation majeure, voire du Déluge lui-même. Une trace laissée dans la pierre.
Mais l’explication scientifique classique n’est jamais loin. Les mouvements tectoniques, fréquents dans cette région du monde, peuvent soulever d’anciens fonds marins à plusieurs milliers de mètres d’altitude. Rien d’inédit, rien d’inexplicable.
La tension se joue là, entre deux lectures du même terrain. L’une voit des signes, l’autre des processus. Aucune ne s’impose totalement.
L’équipe de Jones, elle, avance. Prochaine étape : l’exploration directe. Un robot télécommandé est en cours de développement, conçu pour s’introduire dans les cavités détectées par les radars. Voir, enfin, ce que ces structures contiennent réellement. Ou ne contiennent pas.
En attendant, le site du mont Ararat continue de nourrir les hypothèses. Et de rappeler qu’entre mythe et science, la frontière n’est pas toujours aussi nette qu’on voudrait le croire. Pour ne rien manquer de l’actualité de BTLV : inscrivez-vous à la newsletter btlv.
François Deymier (rédaction btlv source New York Post – photo home page @btlv via adobe stock)







