Vingt-cinq ans ont passé, mais les images semblent ne jamais avoir vieilli. Deux avions percutant les tours du World Trade Center, les flammes, les effondrements, le Pentagone éventré et un quatrième appareil qui s’écrase en Pennsylvanie. Le 11 septembre 2001 a changé le cours de l’Histoire et donné naissance à une multitude de théories du complot qui, un quart de siècle plus tard, continuent de circuler.
LES FAITS
Avant les controverses, il y a les victimes. Ce matin-là, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux frappent les tours jumelles à New York, un troisième s’écrase contre le Pentagone et le quatrième, le vol United 93, tombe près de Shanksville après la révolte de passagers et de membres d’équipage. 2 977 personnes sont tuées, originaires de plus de 90 pays : 2 753 à New York, 184 au Pentagone et 40 à bord du vol 93.
Et le bilan humain ne s’est pas arrêté au 11 septembre. Pompiers, policiers, secouristes, habitants et travailleurs exposés aux poussières et aux fumées de Ground Zero ont développé, au fil des années, des maladies respiratoires, des cancers et des troubles psychiques reconnus comme liés aux attentats et à leurs conséquences. En 2026, le programme fédéral américain consacré à leur santé accompagne près de 150 000 personnes.
LES TOURS JUMELLES ONT-ELLES ÉTÉ DÉTRUITES PAR DES EXPLOSIFS ?
C’est probablement la théorie la plus célèbre. Pour ses défenseurs, la façon dont les tours nord et sud se sont effondrées évoquerait davantage une démolition contrôlée qu’une conséquence des impacts et des incendies. Des témoignages faisant état de bruits d’explosion, la vitesse des effondrements ou encore la présence supposée de métal en fusion ont largement alimenté cette hypothèse.
L’enquête technique du National Institute of Standards and Technology (NIST) aboutit pourtant à une autre conclusion. Selon ses travaux, les impacts des Boeing ont gravement endommagé la structure et arraché une partie de la protection thermique de l’acier. Les incendies qui ont suivi n’avaient pas besoin de faire fondre les poutres : chauffé à haute température, l’acier perd une part considérable de sa résistance mécanique. La déformation des planchers et des colonnes aurait alors conduit à l’amorce des effondrements.
Le NIST affirme n’avoir trouvé aucun élément corroborant l’hypothèse d’une démolition contrôlée. Il précise néanmoins ne pas avoir recherché de résidus d’explosifs ou de thermite sur l’acier récupéré, un point régulièrement repris par les partisans de cette théorie. Pour l’institut, les données vidéo, structurelles et sismiques suffisaient à écarter ce scénario.
LE MYSTÈRE DE LA TOUR 7
S’il existe un bâtiment qui concentre encore les interrogations, c’est bien le World Trade Center 7. Cette tour de 47 étages n’a été percutée par aucun avion. Elle s’est pourtant totalement effondrée à 17 h 20, plusieurs heures après les tours jumelles.
Pour les partisans de la démolition contrôlée, son apparente chute verticale constitue l’un des arguments les plus troublants du dossier. Le NIST explique que des débris provenant de la tour nord ont déclenché plusieurs incendies dans le bâtiment et que la rupture de l’alimentation en eau a empêché les sprinklers de fonctionner correctement. Après près de sept heures de feu, la dilatation thermique de certains éléments métalliques aurait entraîné la défaillance d’une colonne essentielle, puis un effondrement progressif de la structure intérieure. L’enveloppe extérieure ne cédant qu’ensuite, le bâtiment a pu donner visuellement l’impression de tomber d’un seul bloc.
Pour le NIST, il s’agit du premier cas connu d’effondrement complet d’un grand immeuble principalement provoqué par des incendies incontrôlés. Cette singularité explique aussi pourquoi la tour 7 est devenue, depuis 25 ans, l’une des pièces centrales du débat.
LE PENTAGONE A-T-IL ÉTÉ FRAPPÉ PAR UN MISSILE ?
Autre théorie extrêmement populaire : ce ne serait pas le Boeing 757 du vol American Airlines 77 qui aurait frappé le Pentagone, mais un missile ou un appareil militaire. À l’origine de ces soupçons : les premières photographies du bâtiment, le nombre limité d’images disponibles de l’impact et l’apparence des dégâts sur la façade.
L’enquête du FBI et les travaux de la Commission sur le 11 septembre attribuent pourtant formellement l’attaque au vol American Airlines 77. L’avion percute le Pentagone à 9 h 37 min 46 s. Les 64 personnes présentes à bord, terroristes compris, meurent, ainsi que 125 personnes à l’intérieur du bâtiment.
L’idée du missile demeure néanmoins l’une des théories les plus visibles sur Internet, notamment parce que les quelques secondes entourant l’impact n’ont longtemps été connues du grand public qu’à travers un nombre très limité d’images.
LE VOL 93 A-T-IL ÉTÉ ABATTU ?
Le sort du quatrième avion a lui aussi généré de nombreuses spéculations. Selon une théorie, le vol United 93 aurait été détruit par l’armée américaine avant de pouvoir atteindre Washington. Les éléments étudiés par la Commission du 11 septembre racontent une autre histoire. Après avoir appris par téléphone que d’autres avions avaient déjà frappé New York, des passagers décident de reprendre le contrôle de l’appareil. Leur contre-attaque débute vers 9 h 57. Les pirates de l’air, comprenant que le cockpit risque d’être forcé, précipitent finalement l’avion au sol. Il s’écrase à 10 h 03 min 11 s près de Shanksville. Cette chronologie repose notamment sur le radar, l’enregistreur de vol, l’enregistreur du cockpit et les communications du contrôle aérien.
Plus troublant encore pour la théorie d’une destruction militaire : selon la Commission, la défense aérienne n’est informée du détournement du vol 93 qu’à 10 h 07, soit après son écrasement.
LES AUTORITÉS AMÉRICAINES ONT-ELLES « LAISSÉ FAIRE » ?
Cette théorie est plus vaste. Elle ne suppose pas nécessairement que Washington aurait organisé les attentats, mais que certains responsables auraient eu connaissance de leur préparation et choisi de ne pas intervenir.
Ici, une distinction essentielle s’impose : les dysfonctionnements précédant et accompagnant le 11 septembre sont bien documentés. La Commission a constaté d’importantes failles dans le partage du renseignement, dans la coordination entre la Federal Aviation Administration et la défense aérienne, ainsi qu’une incapacité des dispositifs de sécurité de l’époque à envisager des avions de ligne détournés comme des armes suicides.
Elle a également découvert que plusieurs chronologies communiquées initialement par les autorités étaient erronées, donnant notamment l’impression que l’armée avait été avertie plus tôt qu’elle ne l’avait réellement été. Ces incohérences ont naturellement renforcé la méfiance.
Mais constater des défaillances, des erreurs ou des occasions manquées ne démontre pas qu’il existait une volonté délibérée de laisser les attentats se produire. C’est précisément dans cet espace entre incompétence, chaos, secret et intention que prospèrent depuis 25 ans de nombreuses théories.
DES MOUVEMENTS BOURSIERS AVAIENT-ILS ANNONCÉ LES ATTENTATS ?
Des transactions inhabituelles effectuées juste avant le 11 septembre sur les actions d’United Airlines et d’American Airlines ont également fait couler beaucoup d’encre. Certains y ont vu la preuve que des investisseurs connaissaient les attentats à l’avance et avaient cherché à profiter de l’effondrement futur des cours.
Les enquêteurs ont effectivement examiné ces opérations. La Commission reconnaît que certaines transactions pouvaient paraître suspectes au premier regard. Mais après enquête de la SEC, du FBI et d’autres services, elle indique n’avoir trouvé aucune preuve qu’une personne disposant d’une connaissance préalable des attentats ait réalisé des profits grâce à celle-ci. Certaines opérations spectaculaires ont notamment été attribuées à des stratégies d’investissement sans lien avec Al-Qaïda.
LA RUMEUR DES « 4 000 JUIFS AVERTIS »
Parmi les récits les plus toxiques apparus après les attaques figure celui affirmant que plusieurs milliers de Juifs ou d’Israéliens travaillant au World Trade Center auraient été avertis de ne pas se rendre au travail le 11 septembre.
Cette affirmation est fausse. Elle semble provenir de la déformation d’une information indiquant que le ministère israélien des Affaires étrangères cherchait à obtenir des nouvelles d’environ 4 000 ressortissants israéliens susceptibles de se trouver dans les régions de New York et Washington, et non de 4 000 salariés du World Trade Center miraculeusement absents. La rumeur a ensuite été transformée en accusation antisémite impliquant le Mossad.
Elle rappelle que les théories du complot ne restent pas toujours de simples interrogations sur des événements : elles peuvent aussi servir de support à de très anciennes formes de propagande et de désignation de boucs émissaires.
POURQUOI LE 11 SEPTEMBRE CONTINUE-T-IL DE NOURRIR AUTANT DE THÉORIES ?
Le 11 septembre réunit presque tous les ingrédients susceptibles de faire naître des récits alternatifs : un traumatisme mondial vécu en direct, des événements techniquement complexes, des images spectaculaires, des erreurs de communication officielles, des défaillances réelles des services de renseignement et, dans les années qui suivent, des décisions politiques et militaires qui vont bouleverser une partie de la planète.
Dans ce contexte, le doute est inévitable. Et interroger les versions officielles fait partie du travail des journalistes, des chercheurs et des citoyens. Mais une question n’est pas encore une preuve. Vingt-cinq ans après, certaines zones du dossier continuent d’être discutées, certaines décisions peuvent toujours être critiquées et les failles révélées par les différentes commissions restent considérables. En revanche, les principales enquêtes techniques et judiciaires disponibles n’ont pas apporté d’éléments démontrant une démolition contrôlée des tours, le tir d’un missile sur le Pentagone, la destruction militaire du vol 93 ou l’existence d’un vaste complot intérieur ayant organisé les attaques.
Le 11 septembre demeure donc à la fois une catastrophe humaine, un tournant historique et un laboratoire presque sans équivalent de notre rapport au doute, aux images et à l’information. Et derrière toutes les théories, il reste une réalité qui, elle, ne fait aucun doute : près de 3 000 personnes sont parties travailler, prendre un avion ou commencer une journée ordinaire le 11 septembre 2001 sans jamais rentrer chez elles. Un quart de siècle plus tard, c’est peut-être par-là que doit commencer, et finir, toute évocation de cette journée. Pour ne rien manquer de l’actualité liée aux grandes théories du complot, inscrivez-vous à la newsletter btlv.
Bob Bellanca (rédaction btlv source btlv – photo home page @Wikimedia commons)






