Santé : des scientifiques pensent avoir identifié l’origine du mystérieux « Hum »

23 juillet 2026

Depuis les années 1970, des gens aux quatre coins du monde signalent ce même bruit sourd, incessant, qui s’invite surtout la nuit. Au début, c’était surtout à Bristol, en Angleterre. Les habitants énervés inondaient le Bristol Evening Post de lettres furieuses. On parlait d’un ronronnement grave, presque physique, qui empêchait de dormir. Les explications fusaient déjà : usines qui tournent, pylônes électriques, acouphènes, soucoupes volantes ou encore un projet secret du gouvernement. Rien de très scientifique, mais l’époque s’y prêtait.

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Le phénomène n’est pas resté local. Très vite, d’autres villes côtières du Royaume-Uni ont rapporté la même gêne : Hythe, Plymouth, Southampton, Swansea. Puis Londres a suivi. Et quelques années plus tard, le bourdonnement a traversé l’Atlantique. D’abord Taos au Nouveau-Mexique, ensuite Kokomo en Indiana. Aujourd’hui, le World Hum Database Project recense des centaines de cas, surtout en Europe et aux États-Unis, même si des signalements arrivent de partout. Ce n’est plus une curiosité britannique, c’est devenu un mystère planétaire qui dure depuis plus d’un demi-siècle.

LES PISTES QUI ONT TOURNÉ COURT

Les scientifiques n’ont jamais manqué d’idées. À une conférence de l’Institute of Biology en 1973, certains accusaient le jet stream qui frotte contre des masses d’air plus lentes. D’autres ont pointé les vagues de l’océan, ces mouvements continus qui pourraient générer des infrasons. Des usines, des autoroutes, des installations militaires : tout y est passé. Mais aucune source unique n’a jamais été identifiée de manière convaincante. Le son semble à la fois partout et nulle part, difficile à capter avec précision parce que les basses fréquences se propagent de façon capricieuse.

Certains ont même suggéré que la Terre elle-même émettait ce ronflement naturel, comme un battement de cœur planétaire. L’hypothèse avait de quoi séduire, surtout quand on sait que notre planète produit quantité de bruits inaudibles pour la plupart d’entre nous. Pourtant, rien ne collait vraiment. Les enregistrements restaient rares et peu concluants. Le Hum continuait de hanter ceux qui l’entendaient, tandis que les autres se demandaient si tout ça n’était pas dans la tête des plaignants.

UNE ÉTUDE QUI REGARDE DU CÔTÉ DE L’OREILLE

C’est là que l’équipe germano-norvégienne a changé d’approche. Au lieu de traquer une source extérieure introuvable, ils ont examiné les gens qui entendent ce fameux bourdonnement. Vingt-huit volontaires allemands, tous capables de percevoir ces sons graves qu’ils appellent scientifiquement des low frequency sound precepts. Markus Drexl, de l’Université norvégienne de science et technologie, a dirigé les travaux publiés dans PLOS One.

Ils ont d’abord testé leur audition dans les basses fréquences. Surprise : seuls deux d’entre eux montraient une sensibilité particulièrement fine dans ces registres. Pas de quoi expliquer une épidémie mondiale. Ensuite, ils ont cherché des otoémissions acoustiques, ces petits sons que l’oreille produit elle-même. Là encore, rien de décisif. La piste la plus solide qui restait ? Des acouphènes à basse fréquence générés par le système auditif lui-même.

Drexl l’explique sans détour : on connaît bien comment l’oreille gère les fréquences élevées, beaucoup moins les graves et les infrasons. « La plupart d’entre nous n’entendent pas ces sons que l’oreille fabrique, mais certains le peuvent », note-t-il. Et pour beaucoup de ceux qui se plaignent du Hum, ce serait précisément ça : un bruit interne, persistant, que le cerveau perçoit comme venant de l’extérieur.

Bien sûr, le chercheur ne ferme pas complètement la porte à une origine réelle, extérieure. Il reste possible qu’un phénomène physique encore mal compris se superpose à ces perceptions. Mais l’étude suggère que les acouphènes de basse fréquence jouent un rôle majeur dans ce qui apparaît comme un phénomène collectif. Cela expliquerait pourquoi le bourdonnement semble si réel pour certains et totalement absent pour d’autres, même dans la même pièce.

Ce travail ne règle pas tout, loin de là. Il ouvre plutôt une nouvelle façon d’aborder le sujet : moins chercher un coupable unique dans l’environnement, plus comprendre comment notre oreille et notre cerveau interprètent ces marges du spectre sonore. Pour les personnes touchées, c’est peut-être un début de soulagement. Savoir que ce n’est pas forcément une conspiration cosmique ou une machine secrète, mais quelque chose qui se passe à l’intérieur de l’oreille, ça change la perspective.

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Le Hum continue pourtant de fasciner. Il rappelle que notre perception du monde est fragile, subjective, et que certains bruits échappent encore à la science. Cinquante ans après les premières plaintes à Bristol, on n’a pas tout compris, mais on avance. Et peut-être qu’un jour, ceux qui l’entendent pourront enfin dormir tranquilles, ou au moins savoir pourquoi leur nuit vibre d’un ronronnement que personne d’autre ne remarque.

Le mystère n’est pas résolu, mais il devient plus humain. Moins une énigme planétaire qu’une question sur les limites de notre audition et les tours que notre cerveau peut nous jouer. Dans un monde saturé de sons artificiels, le Hum nous renvoie à quelque chose de plus intime : la façon dont nous habitons notre propre corps, et dont il nous parle parfois dans une langue que seuls quelques-uns comprennent. Pour ne rien manquer de l’actualité liée à l’inexpliqué, inscrivez-vous à la newsletter btlv.

François Deymier (rédaction btlv source  Sci Tech Daily – photo home page @btlv via adobe stock)

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